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samedi 28 décembre 2013

Un jour, j'habiterai dans une librairie (qu'on se le dise)



 Dernier article de l'année 2013 : je pars au ski pour une semaine en Haute-Savoie aujourd'hui même, et je n'aurai fort probablement pas de wifi là où je vais, donc je pense qu'on peut décréter sans s'aventurer sur des terrains très dangereux que ceci est bel et bien le dernier article de cette année. Pour fêter ça (non pas qu'il y ait vraiment quoi que ce soit à fêter mais enfin bon zut), je vous propose un article bordélique comme je les affectionne tant, avec des achats livresques et de tout et de rien.

Tout d'abord, j'ai fait une petite virée à Book-Off il y a peu, et voilà ce que j'y ai trouvé :

  - Les jours fragiles de Philippe Besson. Je n'ai toujours pas lu cet auteur, j'ai également acheté En l'absence des hommes de lui il y a peu, que je n'ai pas encore lu, mais je fais confiance au jugement de Jamestine qui lui a fait une campagne de pub des plus efficaces. Donc même si ce n'est pas forcément pour tout de suite, je sais que je vais lire cet auteur, et quelque chose me dit que je vais beaucoup apprécier découvrir son écriture.

  - Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai Sijie, parce que je l'ai lu cet été : il était dans la bibli de la maison que ma famille avait louée pour les vacances, ça m'a interpellée, donc je me suis servie. C'était une très belle découverte, et je tenais à l'avoir dans ma bibliothèque.




  Les tomes 1, 2, 3, et 5 de Black Cat, mon manga préféré. Je possède très peu de mangas : à peu près deux tomes de Nana et de God Child à tout casser, plus les trois tomes de Gate 7 que Matilda m'a offerts (en revanche, j'ai tous les épisodes de Bleach, Naruto, Canaan, Gravitation, Attack on Titan... mais pour ce qui est mangas papier, j'emprunte aux amis en général). Mais en les voyant à un prix si bas à Book-off, je me suis dit que quand même, ce serait bien d'avoir la collection de mon manga favori. Donc voilà, je viens de commencer ma collection !

Par ailleurs, petite virée à Gibert Langues, où j'ai trouvé...


  - Une petite anthologie des poèmes de Coleridge en édition bilingue, que j'avais déjà failli m'offrir auparavant. Etudier The Rime of the Ancient Mariner, Fears in Solitude et Kubla Khan dans un cours m'a décidée à en faire l'acquisition. C'est un ouvrage agréable ; on ne crache jamais sur une édition bilingue pour la poésie romantique anglaise, et puis c'est un bon livre pour démarrer avec Coleridge : suffisamment complet pour avoir du choix et les oeuvres majeures de l'auteur à sa disposition, mais suffisamment sélectif pour ne pas être perdu. Et puis c'est une édition poche, donc c'est pratique. L'édition Norton des oeuvres complètes de Coleridge est superbe et à l'avenir, j'aimerais me l'offrir, mais je ne l'ai pas vue en librairie et pour l'instant j'en suis encore aux textes les plus connus, donc les oeuvres complètes viendront quand j'aurai véritablement le temps et l'envie de les aborder.

  - Une sélection de poèmes de Sylvia Plath faite par Ted Hughes. Ca faisait un moment que je voulais acheter un recueil de poèmes de Sylvia Plath, mais j'avais toujours trouvé des sélections assez maigres dans des éditions assez chères, et là j'ai été très contente de trouver cette sélection chez Faber & Faber à 7 euros et quelque, donc je n'ai pas hésité. J'admire énormément le poète Ted Hughes, auquel elle a été mariée (avant de se suicider), et la poésie de Sylvia Plath me plait également. C'est amusant, parce que parfois ses poèmes me parlent énormément et j'ai littéralement le coup de foudre pour eux, comme ça a été le cas avec "Daddy" et "Mad Girl's Love Song", mais d'autres, plus hermétiques et elliptiques, me laissent perplexe. C'est un peu au hasard que ça marche. Il faut dire que sa poésie n'est pas des plus faciles à apprécier ; on ne la lit pas comme on lit un poème lyrique ou épique, on ne la lit pas comme on lit un sonnet... elle échappe à un peu toutes les catégories, avec son ton parfois de conteuse, parfois de conversation, mais toujours tranchant et ironique. Je vous conseille vraiment "Daddy" si vous avez deux minutes pour découvrir un très beau poème ; c'est une sorte de monologue dramatique dans lequel elle se met dans la peau de la fille d'un fonctionnaire nazi. De la poésie violente au lecteur, mais si la poésie qu'on lit ne nous fait pas violence, mérite-t-elle vraiment le nom de poésie ?


  Deux ouvrages de l'anthropologue américain Edward T. Hall, Le langage silencieux et La dimensions cachée, que j'ai présentés au cours d'un exposé à mon cours de FLE. C'était intéressant, cela dit très marqué historiquement parlant : on sent l'Américain upper middle-class des années 50 qui prône le relativisme culturel, assure qu'aucune culture n'est supérieure à une autre, et que ce que nous assimilons à des manques de civilisation chez d'autres peuples est en fait le reflet d'une différence cruciale de perception qui n'implique en rien un rapport de supériorité / infériorité... mais qui en même temps, est prisonnier de pas mal de préjugés culturels et raisonne beaucoup en termes de l'Occidental vs l'Oriental. Donc bref, c'était révolutionnaire dans les années 50, mais maintenant, ce sont des idées assez communément admises, du moins parmi les gens qui s'intéressent un minimum à l'interculturel (et qui ne sont pas racistes, j'imagine que c'est bon de le préciser). L'idée générale, c'est que la culture dans laquelle nous sommes nés façonne notre perception et nous fait penser et évoluer dans un système idéologique précis. Il y avait des réflexions très intéressantes sur la manière dont les différents peuples envisagent le temps et l'espace. Les deux tomes se recoupaient pas mal, donc si vous voulez en lire un des deux, je vous recommande Le langage silencieux.

  Voilà donc pour mes derniers achats livresques en date.

  Sinon, je suis allée voir Don Jon hier avec ma meilleure amie : on cherchait un film assez court à aller voir (donc exit Le Hobbit et Le loup de Wall Street, qui nous faisaient pourtant de l'oeil), alors on s'est décidé pour Don Jon, qui nous intriguait parce qu'il a été écrit et réalisé par Joseph Gordon-Levitt lui-même, qui a le rôle du protagoniste.

  Eh bien, c'était un bon film ! Je vous raconte un peu le pitch : Jon est un Dom Juan moderne, il obtient toutes les nanas qu'il veut, mais... rien à faire, il est accro au porno (en mode junkie). En fait, il est tout aussi accro au porno que les filles autour de lui sont accros aux comédies romantiques hollywoodiennes complètement irréalistes, ce qui évidemment produit des attentes différentes dans les relations. C'est traité avec beaucoup d'humour, on a vraiment bien rigolé, mais j'ai surtout trouvé que c'était très juste par rapport aux relations de nos jours et à ce qu'une fille attend d'un mec dans une relation par rapport à ce qu'un mec attend d'une fille : Scarlett Johansson joue une espèce de biatch au cerveau ramolli par les films à l'eau de rose qui hurle au scandale dès qu'elle entend parler de porno et vit le sexe comme quelque chose de complètement éthéré (bref, comme dans un film pour nanas), ce qui évidemment, conduit les mecs à se rabattre d'autant plus sur les fantasmes qu'ils ne peuvent pas assouvir avec les princesses qui ne jurent que par les codes sociaux. Dans tout ça il y a le rôle de Julianne Moore, qui est géniale (comme d'habitude), qui crée des rebondissements dont je ne vous dévoile pas plus.

  Donc en résumé, un film qui peut avoir l'air "bête" quand on s'arrête à l'affiche, mais qui est à mourir de rire (surtout les confessions à l'église, hilarantes), et qui offre un traitement très intéressant de quelque chose de tabou dans nos sociétés. Et ça a le mérite de faire sortir le spectateur de la salle à la fin de la séance moins désespéré qu'après avoir vu Shame (avec Michael Fassbender), un superbe film qui traite un peu les mêmes thèmes mais d'une façon beaucoup plus grave et angoissante.

Joyeuses fêtes, et à bientôt !
Alacris

jeudi 26 décembre 2013

Récit d'expo : Désirs et Volupté à l'époque victorienne (Musée Jacquemart-André)

Les Roses d'Héliogabale, 1888


  Voilà un compte-rendu au sujet d'une expo dont ma visite commence à dater (hum, deux mois, j'ai rarement pris autant de retard à écrire un article), mais heureusement, ma mémoire en est encore assez fraîche. De plus, j'ai eu quelques coups de coeur assez notables à Désirs et Volupté à l'époque victorienne (malgré la foule qui était présente, et ce dès dix heures et demie du matin en ayant réservé les places... il faut dire que la visite des expos temporaires du Musée Jacquemart-André se fait à travers une série de petites salles, or si cette disposition permet de donner une ambiance différente à chaque nouvelle salle et de créer une atmosphère particulière "coupée" du reste à chaque fois, ça devient gênant pour apprécier les tableaux quand on est ne serait-ce que sept ou huit dedans). Description assez succincte des tableaux qui plus est, et audioguides aux informations un peu maigres, donc disons qu'heureusement que le musée est beau et que les tableaux présents dans l'exposition l'étaient aussi.

  Pour commencer ce compte-rendu, j'ai décidé d'ouvrir l'article sur un tableau qui avait l'une des places d'honneur dans l'expo (il en existe d'ailleurs une affiche très bien agencée si ça vous intéresse, disponible en boutique) : Les Roses d'Héliogabale, d'Alma-Tadema. Cette scène tirée de l'Antiquité romaine au niveau de sa décadence, derrière son aspect joyeux de ronde parmi les pétales de rose, s'apparente plutôt à une danse macabre : le jeune empereur Héliogabale, extravagant s'il en est, avait caché une grande quantité de pétales de violettes (et non de roses, mais les roses rendent si bien sur le tableau) au-dessus d'un toit réversible. Alors que ses courtisans étaient ivres, il donna l'ordre que le toit s'ouvre, et les pétales tombèrent sur les courtisans, qui périrent étouffés par les fleurs. Vous pouvez voir Héliogabale allongé dans la partie supérieure gauche du tableau, vêtu d'une toge dorée, regardant avec indifférence le carnage. Ce qui m'a intéressée surtout dans ce tableau, c'est d'une part le sens du détail, l'attention portée à la texture, mais aussi le caractère ambigu de la scène : les courtisans ne soupçonnent pas qu'ils sont en train d'être assassinés, et ils prennent ce flot de fleurs comme un amusement de plus. Alors que la scène montre un niveau de raffinement qui va jusqu'au luxe (abhorré par les Romains, qui détestent l'otium, autrement dit le temps passé à ne rien faire, le loisir inutile qui donne lieu à toutes les corruptions de l'esprit et dont ils gardent un très mauvais souvenir avec Néron), ce luxe même est reflet de la barbarie des mœurs.

L'exposition s'ouvre donc sur le goût pour les histoires antiques, surtout celles qui respirent un certain exotisme - l'orientalisme est encore très influent.

La Reine Esther, 1878 Edwin L. Long

Ce tableau, à nouveau, présente une scène qui se réfère à une possible mort prochaine : la reine Esther, au regard grave et résolu, s'apprête à se présenter au roi Xerxès Ier son époux afin de sauver son peuple (les Juifs, que le ministre Haman a décidé de faire exterminer), alors qu'elle n'a pas été appelée par lui, ce qui est synonyme de mort.

  Le voile dont l'une de ses servantes la revêt a presque l'air d'un linceul mortuaire ; l'héroïne, après un jeûne de trois jours, rassemble son courage tout en se préparant à affronter les conséquences d'un acte qui n'a même pas encore eu lieu mais qui risque de lui être fatal.

  L'histoire se clôt sur une note un peu plus porteuse d'espoir : elle avoue à son époux qu'elle est juive ; elle obtient de lui qu'il ordonne que les Juifs aient le droit de se défendre lorsqu'ils seront attaqués, les sauvant ainsi de la mort, et le premier ministre est puni pour les torts qu'il a causés. Esther est donc vue comme une héroïne du peuple hébreu.


L'île de Rhodes, vue d'une baie - 1867

  Un tableau de Lord Leighton à présent, L'île de Rhodes, vue d'une baie, au plus proche de ce qu'on peut trouver dans les courants artistiques français contemporains de "L'Art pour l'Art". Les grands thèmes classiques, le traitement de la lumière, et l'attention portée à l'horizon sont cruciaux. On trouve aussi chez ce peintre une extraordinaire recherche de beauté formelle, très visible dans...

Jeunes filles grecques ramassant des galets au bord de la mer

  Ce tableau, Jeunes filles grecques ramassant des galets au bord de la mer, qui fige un instant de beauté sur la toile. Les jeunes filles correspondent toutes au modèle de beauté grec, avec leur traits droits, leurs pieds délicats, leur souplesse, leurs courbes bien dessinées... l'esthétique décorative apparaît ici dans toute sa force, avec des coloris doux et un "rythme dansant" (pour reprendre les mots de l'audioguide, je trouve que c'est une belle image en effet, et tout à fait juste). On sent les tissus se mouvoir sous l'action du vent, tout en étant capturés dans une chorégraphie statique par le pinceau du maître.


Le Quatuor, 1868
  Le Quatuor à présent, d'Albert J. Moore. Un tableau qui me plait d'une part parce qu'il ne présente pas uniquement des femmes comme objet d'esthétique absolue, mais des hommes aussi ; et pour une fois ce sont les hommes qui sont de face, objet du spectacle, et les femmes qui sont de dos, plus impersonnelles - spectatrices donc, comme n'importe qui qui regarde ce tableau. Malgré les courbures parfaites des trois femmes présentes dans le tableau, et l'uniformité de leurs toges et de leurs coiffures (sans parler du désir que ces corps nus à peine cachés par les voiles dont ils sont recouverts suscitent), la femme ici n'est pas idéalisée à outrance, et on ne lui impose pas un modèle de beauté. A la place, elle obtient la liberté de pouvoir se poser en tant que spectatrice... et observer l'homme, pris dans un modèle de beauté androgyne.
  Autre chose qui m'amuse dans ce tableau : la scène est clairement issue de l'Antiquité grecque quand on regarde les modèles de beauté et la façon dont les personnages sont vêtus, mais les instruments dont ils jouent sont... modernes ! Des violons et des violoncelles. Un hymne à l'art intemporel de la musique, j'imagine.

Le Sommeil, 1892

Le Sommeil, 1892 - Simeon Solomon

  Un dessin à la sanguine que j'avais envie de partager ici, car il me semble que c'est l'une des seules oeuvres de ce type qui était présente à l'expo ; en tout cas, c'est la seule que j'ai réussi à retrouver grâce à ce merveilleux outil qu'est Google Images, armée du titre, du nom du peintre, et de la date de réalisation.

  La simplicité du dessin, réduit à son architecture basique, lui donne toute sa beauté. La douceur du trait, le fait qu'une seule couleur soit présente apporte une certaine lumière apaisante à l'oeuvre, qui fait qu'elle semble baigner dans le calme, tout comme la femme endormie représentée...





Pygmalion ou les désirs du coeur, 1871
  Un de mes coups de coeur : Pygmalion ou les désirs du coeur, 1871, de Burne Jones (aquarelle et encre).

  Le mythe de Pygmalion est l'un de mes mythes préférés : c'est l'histoire de ce fameux sculpteur qui, épris de beauté et ne s'intéressant pas aux femmes qui l'entourent, a créé une statue parfaite de femme, Galatée. Aphrodite, admirative devant la beauté de sa statue, et le prenant de pitié de voir qu'il était si malheureux d'être tombé amoureux d'une substance sans essence, donna vie au marbre, si bien que Galatée devint une femme).

  C'est donc, d'une certaine manière, le mythe de comment l'inspiration de l'artiste le pousse vers la création, et comment la création artistique prend vie.

Ca me rappelle d'ailleurs ces quelques vers de Théophile Gautier, à peu près contemporains (et bien sûr, inscrits dans le mouvement dont on se rappelle comme l'Art pour l'Art) :

"Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !"


  Ce qui m'intrigue dans ce tableau (outre le caractère éminemment romantique que prend la figure de Pygmalion, dans une posture de réflexion), c'est que les deux jeunes femmes qui passent à gauche et le regardent depuis l'extérieur de son atelier semblent infiniment moins réelles que les statues sur la droite, qui elles, appartiennent à l'espace de l'atelier donc au monde de Pygmalion, qui sont en supériorité numéraire, et qui sont animées par des jeux d'ombre qui leur donnent plus de relief. La création artistique est donc bien supérieur à la vie commune de tous les jours, qui n'a aucune saveur sans un surplus d'art. Mais le tableau nous met également en garde contre ce genre de réflexion : si le monde factice de Pygmalion se suffit à lui-même, il se trouve néanmoins dans l'obscurité et est vêtu de noir, la couleur du deuil. Le chemin que prend l'artiste est donc sans retour : à partir du moment où on se dédie à la vie artistique, on est en deuil du monde, de la vie qu'on aurait pu avoir.

La Mer enchantée, 1899

  Et on continue sur... un autre de mes coups de cœur, en entamant le chapitre : LA FEMME FATALE, avec La Mer enchantée de Henry Payne. Quoi de mieux pour commencer ce nouveau volet, qu'une enchanteresse ? Je ne me souviens malheureusement plus de tous les détails qui entourent le mythe à l'origine de ce tableau, mais de ce que j'en ai retenu, le sujet est tiré du conte "The shaving of Shagpat" de George Meredith ; la femme dans le coquillage est une enchanteresse qui prend la fuite, et elle a ensorcelé les hommes présents sur les bateaux afin de pouvoir prendre la poudre d'escampette. Des cadavres l'accompagnent, flottant à ses côtés ; un aigle également s'est posé près d'elle, qui signale la présence du héros non loin (il a réussi à s'accrocher au coquillage et la suit à son insu, alors qu'elle ne veut pas être poursuivie). L'absence de perspective, les échos de couleur de la peinture lui donnent un aspect médiéval (d'autant plus que la coiffe de l'enchanteresse vient de la tradition gothique hollandaise), et l'apparentent à l'art du vitrail.


Le Philtre d'amour, 1907
La boule de cristal, 1902

  Deux tableaux de Waterhouse que j'ai beaucoup appréciés, toujours autour du thème de la femme fatale, cette fois-ci sous les traits de l'empoisonneuse et de la sorcière. Si la femme est cruelle, ce n'est pas tant par dangerosité innée, mais parce qu'elle a d'abord été elle-même victime d'un sort ou d'un rejet amoureux. D'abord victime, elle devient donc à son tour bourreau.

  Le Philtre d'amour était présent à l'exposition sous une forme plus élaborée je crois, mais je ne suis pas parvenue à en retrouver l'image. Cette version-là me plait aussi d'ailleurs, d'autant plus qu'elle présent un aspect un peu expressionniste qui me plait ; à certaines égards, on dirait presque une gravure de Munch (en plus net).

  La boule de cristal présente une femme du même acabit que celle du Philtre d'amour : menton affirmé, teint blanc, joues rosées, petites lèvres, coiffures sophistiquées, cheveux sombres, regard concentré, calme apparent mais bouillonnement maléfique intérieur... dans les deux cas, la femme est solitaire ; elle l'est même dangereusement dans La boule de cristal car, tenant ainsi cette boule, elle semble contrôler un monde miniature à l'intérieur, ce qui la pose dans une position divine... ou plutôt démoniaque. le grimoire ouverte sur la table, le crâne, la baguette magique, les motifs de serpents sur sa robe : tout indique qu'elle est maléfique, malgré son aspect séducteur. La force érotique qui s'en dégage n'en est que plus destructrice.


La Couronne de l'amour, 1875
  On aborde maintenant le rayon Millais, dont ce tableau sera malheureusement le seul exemple dans cet article (mais il y a de fortes chances que vous entendiez parler de Millais à nouveau sur Saturations à l'avenir, surtout si je fais un article détaillé sur la série Desperate Romantics)

  La Couronne de l'amour, peinture à l'huile, présente la scène cruciale d'un poème de George Meredith (The Crown of Love) dans lequel un homme du peuple, afin d'obtenir le droit d'épouser une princesse dont il est tombé amoureux, s'est engagé à la porter jusqu'au sommet d'une montagne. Il est robuste, et normalement cette tâche, bien qu'impressionnante, ne devrait pas lui poser problème ; cependant une tempête se déclenche pendant l'ascension... je ne vous raconte pas la fin.

C'est amusant car ce tableau, bien que dépeignant un acte de bravoure et de dévotion, présente quelques indices qui pourraient inviter le spectateur à le regarder comme une scène de rapt. Les cheveux relâchés de la princesse, volant au vent, sont contraires à la décence courtoise, et donnent une allure sauvage à la scène, qui s'assombrit à mesure que la tempête se rapproche... le souci de réalisme et le goût des détails minutieux ressortent dans la peinture de l'horizon mais également des rochers escarpés, reflet du sort qui attend le jeune homme trop audacieux.


Elaine, 1891

  Ce tableau de John Strudwick, Elaine, se plonge dans l'univers des légendes arthuriennes et montre le personnage éponyme qui contemple le bouclier de Lancelot, qui le lui a confié afin de participer à un tournoi sans révéler son identité.

  Lancelot l'a abandonnée et, hantée par le souvenir de son amant, Elaine se laisse peu à peu mourir en vivant éternellement son fantasme à travers la nostalgie d'un amour qui est parti. Les vertus sculptées sur le coffre sur lequel est assise Elaine illustrent les vertus qu'elle a abandonnées, notamment les devoirs de maison, dont dans sa douleur elle n'est plus capable de se souvenir. C'est la figure de l'amoureuse romantique par excellence, qui se meurt de chagrin. Les couleurs elles-mêmes semblent abandonner le tableau, car seuls le beige et le marron dominent, avec un peu de bleu délavé et de rose terne ici et là.


Le Temps jadis
  On continue dans la veine des légendes arthuriennes, toujours avec Strudwick, à travers un tableau qui présente de nombreuses ressemblances avec Elaine, ne serait-ce que dans son ambiance et ses couleurs générales, même s'il est tout de même plus coloré et, en apparence, plus joyeux (je dis bien en apparence, car une humeur de nostalgie est bien présente).

  Le Temps jadis représente ma reine Guenièvre (en vert) au temps où elle était heureuse à la cour, jeune épouse d'Arthur... avant qu'elle ne rencontre Lancelot, dont elle tombe follement amoureuse - un mal qui la ronge et qui fait d'elle aussi une figure emblématique du spleen romantique.

  Entourée de ses suivantes, Guenièvre est calme, et lit paisiblement. Les trois figures féminines pourraient presque symboliser les trois Grâces, ou bien des Muses, avec la littérature, la musique...



Au tepidarium, 1913
L'absence fait grandir
l'amour
, 1912

  Deux oeuvres de Godward :

  Au tepidarium, (qui existe dans une version sans tunique d'ailleurs), dans laquelle l'artiste utilise le prétexte de la peinture d'une coutume antique afin de représenter une scène intime de la vie féminine. La femme dont la nudité à demi-cachée n'est que plus désirable apparaît lascive dans sa tunique mouillée.

  L'absence fait grandir l'amour, qui nous met face à face avec un modèle à la beauté classique comme vu précédemment, présente un aspect un peu plus décoratif, mais où le goût d détail joue un grand rôle aussi. Comme dans le cas de Elaine, l'attention est portée sur les méditations de la femme qui se trouve dans une situation d'attente. La femme est peinte dans toute la force de son intimité et l'artiste parvient à atteindre à un point de vue féminin, en s'affranchissant des éternels points de vue masculins sur la femme qui gravitent tellement souvent entre ces deux pôles : la sainte et la prostituée (pour le dire en anglais, the angel in the house & the whore).


Le Chant du Printemps, 1913

  Le Chant du Printemps, de Waterhouse, nous plonge dans une ambiance bien différente. Nous sommes ici dans un cadre naturaliste, probablement l'héritier du "Free Love" movement de la fin du XVIIIe siècle, dont certains pré-Romantiques (tels que ce cher William Blake) étaient adeptes (Blake se baladait notamment nu dans son jardin, et engageait sa femme à en faire de même).

  Un nouveau mythe tiré de l'Antiquité : celui de Proserpine (ou Perséphone), fille de Démeter, dont Hadès s'éprit, si bien qu'il l'enleva mais Démeter, furieuse qu'il lui ait enlevé sa fille sans sa permission, se rendit aux Enfers afin de récupérer Proserpine. Comme Démeter est la déesse de l'agriculture, pendant son absence, la terre était sans récoltes et les hommes mouraient ; Zeus intervint donc et obtint de conclure le marché suivant : Properpine passerait six mois de l'année avec Hadès aux Enfers, et six mois de l'année avec sa mère, sur terre. Les six mois où Proserpine est sur terre correspondent au printemps et à l'été, tandis que lorsqu'elle est forcée de retourner chez Hadès, c'est l'automne et l'hiver. On a donc ici une Proserpine symbole de vie, qui montre fièrement sa poitrine et sa chevelure rousse, qui en fait également une allégorie des Britanniques.



Andromède, 1869
Crenaia
  Deux tableaux qui présentent la nudité de la femme, et deux attitudes différentes dans cette nudité :

  Crenaia, la nymphe de la rivière Dargle, 1880, de Lord Leighton. Le geste pudique de la nymphe, qui l'amène à se replier sur elle-même, dévoile d'autant plus le téton qu'elle pince et fait ressortir. Pudeur véritable, ou pudeur feinte afin de n'être que plus séductrice ? Le regard baissé, la douceur des tons du tableau semblent indiquer une innocence authentique.

  Andromède de Sir Edward Poynter, par contraste, nous saisit par sa violence. Petit rappel sur le mythe d'Andromède : sa mère Cassiopée s'était vantée sur la beauté d'Andromède était égale à celle des Néréides, filles de Poséidon. Pour se venger, ce dernier ordonna qu'elle fût attachée à un rocher, et envoya un monstre marin pour la dévorer. (Mais Persée arriva à temps, la sauva, et l'épousa).
  Le corps nu, tordu par la peur et l'anticipation d'une douleur à venir qui est déjà palpable, apparaît en même temps pris dans une sorte de transe ou d'extase : quand on regarde le visage d'Andromède, son expression est plus qu’ambiguë. Mort / plaisir charnel / petite mort, la frontière est mince. La manière dont le voile qui l'entoure s'élance sous l'effet du vent illustre le transport que connaît le corps de la jeune femme, qui est dépeint comme en proie aux turbulences du désir. C'est aussi la première fois, apparemment, que des poils pubiens apparaissent sur le sexe d'une femme dans la peinture anglaise. Le nu s'affirme donc dans toute sa force, au sein d'une époque victorienne célèbre pour sa prohibition et son emprisonnement de la femme dans des catégories inhumaines. L'art, dans cette société si hostile à la femme, délivre le corps féminin et rend hommage à sa splendeur.

La joueuse de saz, 1903

  Et je clos cet article sur La joueuse de saz de William C. Wontner, un tableau qui une fois de plus présente la femme comme maîtresse d'un décor intérieur aménagé avec goût. La musique est là aussi au rendez-vous, ainsi que les bijoux et une tenue d'intérieur, qui révèle le corps plus qu'elle ne le dissimule. Le tout reflète une scène intime, ensorcelante sinon lascive : les pieds nus de la femme sont visibles, et ses doigts caressent les cordes du saz tandis qu'elle adresse une moue badine au peintre, tout en jouant sur l'intensité du regard.


  En résumé : une belle exposition, qu'il faut vous hâter d'aller voir avant qu'elle ne ferme. Les visions de la femme qu'elle propose sont très intéressantes, et changent un peu de ce qu'on a l'habitude de voir en esquissant l'ébauche d'une féminité alternative, plus émancipée, plus joueuse, mais sans tout à fait être la féminité de la débauchée - bref, c'est la féminité de l'entre-deux et non du cliché. C'est également une belle introduction à la peintre des Préraphaélites pour ceux qui seraient charmé par cette école de peinture.
 
  Pensée pour Matilda, Jamestine, Grazyel et Alexandra avec qui je suis allée voir cette expo.

dimanche 17 novembre 2013

"La vie d'Adèle", "Il était temps", et digressions

  Toujours pas de compte-rendu sur les expos que je suis allée voir récemment, désolée de l'attente (je sais qu'il y en a parmi vous qui trépignent d'impatience par rapport à Masculin / Masculin, par pudeur et professionnalisme bloguesque je ne révélerai pas leurs noms). Ca arrive très bientôt, en attendant je me suis dit que je vous divertirais avec mes éternelles réflexions (sur évidemment tout sauf des choses importantes, qu'on se le dise), et avec mes avis sur deux films à l'affiche en ce moment (oui, c'est la première fois dans l'histoire de la rubrique "Le coin ciné" que je parle d'un film qui n'est pas sorti à une époque lointaine dont personne ne se souvient, so miracles DO happen).


La vie d'Adèle, 2013

Abdellatif Kechiche - 2h59

  À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

  Bon, commençons avec le film qui déchaîne les passions en ce moment. La palme d'or qu'avait reçu ce film lors du festival de Cannes me faisait déjà l'attendre avec impatience, et puis, en tant que personne aux mœurs et attirances libres qui a manifesté plusieurs fois en faveur du mariage gay dans les rues de Paris, vous pouvez imaginer que ce film avait des chances d'attirer mon attention. Pour une fois, quand on aborde l'homosexualité, ce n'est pas des hommes qu'on parle, mais des femmes. Bref, un vrai rocher jeté dans la mare. Donc je tenais à voir La vie d'Adèle, parce que je sentais que c'était un de ces films qui marque une époque et qu'il ne faut pas rater.
  Je n'ai même pas regardé la bande-annonce avant d'y aller, je savais que ça me plairait. L'affiche est fraîche, belle, elle incite à courir au ciné. J'ai eu la chance de voir ce film dans une salle de ciné relativement petite (50-70 places au MK2 Bibliothèque FM de Paris), ce qui a évité les agitations - en vérité, la salle était complète mais le public a été très respectueux pendant le film : pas de fous rires ni d'insultes pendant les scènes érotiques, et pourtant on m'avait mise en garde contre les fameuses "scènes de cul pornographiques interminables qui déclenchent la gêne chez l'assistance". Encore une fois, j'ai eu la chance de me trouver dans une salle qui a eu un comportement réceptif au film, et il n'y a eu des rires que dans les moments franchement drôles. Quant aux fameuses scènes érotiques, ma foi : oui, il y en a une qui dure longtemps, oui, c'est très explicite, mais bon, quand on est prévenu, ça va. Ce n'était peut-être pas nécessaire qu'elle dure près de dix minutes, mais sur un film de trois heures, franchement, ça passe crème. Après, c'est dur qu'il ne faut pas aller voir ce film si l'amour lesbien vous met mal à l'aise.
  Le film m'a vraiment plu. Je l'ai trouvé touchant, très juste par rapport aux problèmes de société actuels - le reflet d'une époque et d'une génération. Les acteurs jouent très bien, Léa Seydoux est méconnaissable (oui, c'était bien elle la petite vendeuse dans Minuit à Paris !), on ne s'ennuie pas... je ne sais même pas trop quoi dire sur ce film, à part que s'il vous tente, n'hésitez pas à le voir !



Il était Temps (About Time), 2013

Richard Curtis - 2h03

  À l’âge de 21 ans, Tim Lake découvre qu’il a la capacité de voyager dans le temps... Tim ne peut changer l’histoire, mais a le pouvoir d’interférer dans le cours de sa propre existence. Il décide donc de rendre sa vie meilleure... en se trouvant une amoureuse. Malheureusement les choses s’avèrent plus compliquées que prévu. Tim quitte les côtes de la Cornouailles pour faire un stage de droit à Londres et rencontre la belle Mary. Alors qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, un voyage temporel malencontreux va effacer cette rencontre. C’est ainsi qu’au fil de ses innombrables voyages temporels il n’a de cesse de ruser avec le destin afin de la rencontrer pour la première fois, encore et encore, jusqu’à ce qu’il arrive à gagner son coeur. Tim se sert alors de son pouvoir afin de créer les conditions idéales pour la demande en mariage parfaite, pour sauver la cérémonie à venir du discours catastrophique du pire des garçons d’honneur imaginable mais aussi pour épargner à son meilleur ami un désastre professionnel. Mais alors que le cours de sa vie inhabituelle se déroule, Tim découvre que ce don exceptionnel ne lui épargne pas la peine et les chagrins qui sont communs à n’importe quelle autre famille partout ailleurs.

  Une comédie romantique comme on les aime. Si comme moi vous êtes un grand fan de Coup de foudre à Notting Hill, Quatre mariages et un enterrement, et Love Actually, ce film est fait pour vous.
  Dose de bonne humeur garantie, et bonus : ça redonne foi en l'amour (pour ceux qui auraient tendance, comme moi, à glisser sur la pente du cynisme, on se souvient de la réplique de Carrie Bradshaw dans la saison 6 de Sex and the City: "I write a column based on the assumption that romance is either dead or phony"... eh bien parfois, ça fait du bien de se laisser emporter par le romantisme).
  C'est l'occasion de retrouver une brochette d'acteurs que vous avez vu adorer ailleurs (le protagoniste, c'est Bill Weasley dans Harry Potter, d'ailleurs il était pressenti pour être le nouveau Doctor dans DW mais ça ne s'est pas fait...). L'humour toujours désopilant de Bill Nighy est au rendez-vous, et l'humour à la British part dans tous les sens. Situations cocasses avec tous ces voyages dans le temps, côté un peu benêt du héros bien sûr (un nouveau Hugh Grant ? Il a le potentiel !)... le rire est au rendez-vous. On s'attache tout de suite à la famille du protagoniste. C'est un film doux, tendre, drôle et en même temps triste par moments. Une comédie romantique certes, mais qui fait réfléchir (pas de time travel sans paradoxes, tous les fans de Doctor Who et de Retour vers le Futur le savent), et qui, mine de rien, fait passer de beaux messages. Sans verser dans la mièvrerie, About Time parvient à nous faire sortir de la salle le cœur plus léger, avec des vues plus optimistes, (accessoirement avec des larmes le long des joues pour les âmes sensibles)... et l'envie de le voir à nouveau ! Donc filez-y, surtout si vous avez le blues : je vous assure que c'est la cure qu'il vous faut.


Aquarelle issue de la superbe galerie d'agnes-cecile sur DeviantArt

  Voilà pour les derniers films que j'ai vus. Pas trop le temps de me consacrer à autre chose qu'au boulot, en ce moment (pour changer, hu, hu), j'ai dû avaler une centaine de pages PDF de critiques diverses sur Le Livre d'Urizen de Blake récoltées sur le merveilleux site qu'est JSTOR (auquel vous avez normalement accès via la base de données de votre université si vous êtes étudiant), mais le truc le plus ennuyeux et chronophage, c'est... de ficher les bouquins de critique qu'on a lus. J'entends : les bouquins version papier, et si comme moi vous avez souvent la flemme de résumer la pensée de l'auteur en quelques mots-clés, surtout quand c'est bien écrit et que c'est dommage de hacher la phrase, vous vous retrouvez bientôt à recopier des paragraphes entiers dans vos fichiers Word. Alors quand vous avez lu à peu près 800 pages de critique littéraire depuis septembre et qu'il faut ficher tout ça, bah... vous avez envie de rester sous la couette. Bon, plus sérieusement, sur les 800 pages de bouquin que j'ai lues, tout n'est pas à ficher, loin de là, et les citations exactes ne sont à recopier que quand le phrasé est particulièrement intéressant. Mais tout le monde sera d'accord avec moi sur le fait qu'en littérature, changer le phrasé, c'est changer toute l'idée. J'ai conscience qu'à un moment ou à un autre ça va devenir impossible de continuer à ficher en gardant les choses très fidèlement ; plus on avance dans une carrière académique, plus on s'émancipe des critiques et on apprend à ficher un bouquin de 400 pages en 2 pages Word apparemment, en résumant les grandes idées en 5-10 lignes puis en recopiant quelques citations dignes d'intérêt. Je n'en suis pas encore là ; ça, c'est pour les gens qui ont déjà pas mal bossé sur un sujet et qui ont une idée précise du paysage critique qui l'entoure, parce qu'évidemment ils y ont bossé dessus un bon bout de temps (c'est pour ça que c'est recommandé de ne pas changer radicalement de sujet entre le M1 et le M2, puis entre le M2 et la thèse, parce que sinon, bien entendu, tout ce boulot de repérage dans la critique est à recommencer à zéro).
  Donc ça me prend du temps, et ça irait, si seulement je n'avais pas des horaires hyper mal répartis : avec 25h de cours par semaine (ce qui est tout à fait jouable malgré les heures de travail à la maison que chaque cours demande, surtout le JAPONAIS), je termine en moyenne à 20h, cinq jours sur sept, et ça ne m'empêche pas d'avoir cours le matin. Donc j'ai des trous de temps en temps, mais ils ne sont pas forcément toujours assez longs pour me permettre de travailler sur un truc long et important (du genre, qui réclame trois heures à la suite), et quand je rentre chez moi je suis bien sûr crevée, et je ne prends pas beaucoup de goût à travailler parce que les seuls moments que j'ai pour travailler sont des moments où j'ai envie de penser à autre chose que la fac / l'ENS, où j'ai déjà passé ma journée du matin au soir, avec les transports en prime (parce qu'évidemment, ma fac et l'ENS sont dans des quartiers totalement différents, et là où j'habite c'est encore ailleurs, ça fait trois lieux entre lesquels jongler). Donc c'est folklo \o/

  Je m'arrange pour trouver le temps de prendre un verre avec des amis de temps en temps malgré tout ; aller voir un film entre potes, prendre un café, bosser à la bibli avec quelqu'un s'il y a des gens qui ont un trou en même temps que moi, attraper un sandwiche infâme dans un fast-food avec une copine pour papoter le temps d'une heure avant de courir, chacune de notre côté, à nos cours respectifs... donc clairement, je m'aère l'esprit. Mais j'aime bien avoir du temps pour moi, toute seule, dans mon emploi du temps : pouvoir rentrer chez soi à 16h ne serait-ce qu'une fois par semaine et avoir le luxe de s'allonger sur son lit en fixant son plafond pendant une heure ou deux, en pensant à tout et n'importe quoi, ou prendre quatre heures pour écrire une page de mon roman, bah... ce sont des choses que je ne peux pas faire depuis que mes deux emplois du temps se chevauchent (donc depuis octobre), parce que je suis tout le temps dans la vitesse, l'enchaînement, et si je prends une heure pour ne "rien faire", je me sens coupable. Alors que c'est essentiel d'avoir des moments pour ne "rien faire", sinon on explose : ça permet de faire le point sur sa vie, de voguer vers des pensées inconnues, d'inventer des histoires dans sa tête... bref, ces moments de rêverie sont assez capitaux dans la vie d'un littéraire, et c'est précisément ce dont je manque en ce moment, donc... je ne prends pas autant de plaisir à lire, à aller en cours, à rédiger des essais et dissertations. Et c'est dommage. Ca devrait aller beaucoup mieux au second semestre, mais là j'avoue que je sature un peu (bon, je pourrais bosser moins sur mes cours et m'arranger pour juste valider mon semestre ric-rac, sauf que j'ai une maladie, ça s'appelle le goût du travail bien fait. Quand on est perfectionniste, ça complique les choses).

  Voilà pour la minute "Alacris raconte sa vie" ! (Décidément, ce blog va se reconvertir en journal intime).
  A très bientôt j'espère ! Je vous ai promis des nus, des nus vous aurez. Désirs et Volupté à l'époque victorienne et Masculin / Masculin feront bientôt leur entrée sur Saturations.


lundi 11 novembre 2013

Dernières acquisitions et balades

Photo par Grazyel, Place des Vosges, Septembre 2013

J'écoute : La Robe Rouge - Granville

  Me voilà de retour. Bon, non pas que je m'étais en allée, en soi, mais je n'ai pas été ultra présente sur ce blog ces derniers temps, et j'ai envie de rattraper ce passage à vide. Ces dernières semaines ont été... assez mouvementées. Je vous en dirai un peu plus en fin d'article pour les curieux(ses) qui aimeraient en savoir un peu plus.


  Le fait est que je n'ai pas chômé ces derniers temps ! Je ne vais pas vous assommer avec un récit de boulot (d'autant plus que j'ai envie d'en sortir la tête le temps d'un article), mais il y a des choses à raconter niveau acquisitions livresques / visites au musée. Je suis récemment allée voir l'expo Désirs et Volupté à l'époque victorienne (Musée Jacquemart-André) avec Matilda, Jamestine, Alexandra et Grazyel ; puis Masculin Masculin (Musée d'Orsay) avec Grazyel (qui décidément est partout, n'est-ce pas). Je ferai dans les jours à venir des compte-rendus sur ces expos, que j'ai trouvées très agréables et intéressantes même si ce ne sont pas des coups de coeur. En attendant, je vous en donne quelques images pour vous faire patienter : 




  Donc, pour en savoir plus ==> COMING SOON.

  A part ça, évidemment, qui dit journée entre blogueuses dit... folle journée à écumer les librairies (ne riez pas, c'est fou comme ça fatigue, de fouiller de fond en comble toutes les librairies de Saint-Michel). Et malgré mes résolutions de ne rien acheter avant d'avoir avancé dans mes lectures (et surtout de ne pas surcharger mon sac qui pesait déjà approximativement trois tonnes), je me suis laissée tenter par de nombreux bouquins. Laissez-moi vous faire découvrir ces acquisitions en images :

 - En l'absence des hommes de Philippe Besson, parce que ça fait des mois que Jamestine ne tarit pas d'éloges sur Besson, et elle avait particulièrement aimé celui-ci. Alors quand on le trouve à 2€50 chez Boulinier, ma foi, on n'hésite pas.

 - La petite marchande de prose de Pennac, car aussi fou que ça puisse paraître, je n'ai jamais lu de Pennac. Mon frère en avait un dans sa bibliothèque quand on était gamins je crois, mais je ne me souviens plus lequel.


 - The Red Badge of Courage de Stephen Crane, car c'est un roman américain incontournable sur la Guerre de Sécession, formidablement bien écrit, et aux thèmes et rebondissements qui me plaisent énormément. Ce roman a une petite valeur sentimentale pour moi parce que j'ai fait mon premier commentaire composé de 6h en prépa sur un extrait de cette oeuvre, et c'était accessoirement ma première bonne note de l'année, huhu. De plus, j'ai assisté à un séminaire qui se tenait sur ce roman l'an dernier, et ça ne m'a fait que l'aimer davantage ; l'an dernier il y avait même un moment où j'hésitais à faire mon M1 sur les nouvelles peu connues mais très intéressantes de Stephen Crane (oui, comme vous pouvez le voir, j'ai eu un tas d'idées pour mon M1, et croyez-moi, ça fourmille aussi pour le M2, sauf que cette fois-ci c'est plus crucial, car ce que je prendrai en M2 déterminera un peu ce que je ferai ensuite en thèse. A priori je reste sur la litté britannique, mais on n'est jamais à l'abri d'un revirement soudain, surtout dans ma drôle de tête).

 - The Ballad of the Sad Café, nouvelle de Carson McCullers. J'ai trouvé ça coincé entre deux bouquins sur une étagère du maigre rayon anglais de Boulinier. C'est tout d'abord la couverture qui m'a attirée, car j'ai instantanément reconnu le style de Hopper, qui est l'un de mes peintres préférés. Alors forcément, ça éveille mon attention. Et puis même si je n'ai jamais lu Carson McCullers avant, son nom m'était familier, et j'avais envie de la lire.

  Après une ambiance française contemporaine et une ambiance américaine, passant à l'ambiance British-Shakespeare ! (Oui vous avez remarqué, y'a de l'idée dans mes photos, organisation thématique et tout).

 - Tales from Shakespeare, Charles et Mary Lamb. C'est un bouquin assez pratique qui présente 20 pièces de Shakespeare ; chaque présentation se fait en 20 pages, les principaux thèmes, événements, et rebondissements des pièces sont envisagés. Donc en gros, quand on a un trou de mémoire sur une pièce, ou qu'on n'est pas sûr d'avoir tout compris, ou même quand on a envie de l'étudier plus en profondeur et qu'avant de passer à la vraie critique littéraire on préfère lire quelque chose de plus accessible et qui remette les pendules à l'heure, c'est vraiment pas mal. Je ne m'en suis pas encore servie, mais comme je n'exclus pas la possibilité de devenir shakespearienne à l'avenir (je vous l'ai dit, fourmillement quand à un sujet de M2), je me suis dit que c'était un outil indispensable.

 - Macbeth en version bilingue, parce que j'ai lu Macbeth en français il y a quelques années et que même si j'en ai étudié des extraits en anglais, ce n'est pas la même chose que de lire la pièce en entier. Et les versions bilingues sont vraiment agréables, on a toujours la traduction comme garde-fou. Ces derniers temps j'ai surtout lu Shakespeare sans traduction, et c'est un excellent exercice, un peu comme la première fois qu'on se met à regarder des films en anglais sans sous-titre : on ne comprend pas tout, mais au bout d'un moment il faut se décider à lâcher le cordon de sécurité, parce que ce n'est pas grave si on ne saisit pas tout. Malgré tout c'est important d'avoir une édition bilingue, ne serait-ce que pour savoir que la traduction est là si on en a besoin, en regard du texte original.

  Et enfin, British poetry ! Vous remarquerez même un certain souci de théâtralité dans le genre rideau qui s'ouvre sur le romantisme : William Blake est souvent considéré comme le tout premier pré-romantique (mêmes si cette appellation pose plus d'un problème), et Dylan Thomas se considérait comme le tout dernier poète romantique.

 - Chansons et Mythes de W. Blake : c'est une sélection d'oeuvres diverses de Blake, en version bilingue (traduction par Pierre Boutang). Je n'avais encore jamais lu Blake en traduction, et c'est un poète qui peut s'avérer hermétique par moments, donc plutôt que d'acheter ses oeuvres complètes en français, je me suis dit qu'une sélection de textes venant d'horizons différents serait intéressante. De plus, cet ouvrage contient des poèmes méconnus de Blake que je n'avais encore jamais trouvé ailleurs que sur Wikisource, comme The Mental Traveller. Comme le bouquin ne coûtait que 7€ et que ce n'est franchement pas cher pour un livre neuf, bilingue, avec un papier de bonne qualité, je n'ai pas hésité. Et je ne regrette pas, car j'ai jeté un œil à certains passages du Livre d'Urizen traduits ici (il n'y est pas en entier, sinon le livre serait immense : le traducteur a choisi des extraits), et certains choix de traduction m'ont donné matière à réfléchir, notamment dans ma problématique de la forme et de l'informe (le verbe "to form" traduit par le verbe "concevoir", "the vast world" traduit par "l'univers dévasté"... ça soulève pas mal de problématiques, tout ça).

 - Selected Poems, Dylan Thomas. Parce que j'ai récemment découvert cet auteur dans un séminaire intitulé "Poésie et Violence", et j'ai eu un immense coup de coeur pour ce qu'il écrit (et en feuilletant ce livre, mes attentes n'ont pas été déçues). Donc, ENCORE un auteur sur lequel il est possible que je travaille en M2 l'an prochain. C'est une figure assez fascinante que ce Dylan Thomas : très inspiré par Yeats (qui se considérait déjà comme le dernier Romantique, d'ailleurs), Gallois, alcoolique (a fini par en mourir avant ses 40 ans, by the way). Une poésie très agressive, insidieuse, mordante et douce à la fois, sensuelle, ironique, intrépide... Vous l'aurez compris, je me suis trouvé une nouvelle passion, et je ne peux pas résister à vous citer un de mes poèmes préférés (il est court en plus, donc pas d'excuse :

O make me a mask

O make me a mask and a wall to shut from your spies
Of the sharp, enamelled eyes and the spectacled claws
Rape and rebellion in the nurseries of my face,
Gag of dumbstruck tree to block from bare enemies
The bayonet tongue in this undefended prayerpiece,
The present mouth, and the sweetly blown trumpet of lies,
Shaped in old armour and oak the countenance of a dunce
To shield the glistening brain and blunt the examiners,
And a tear-stained widower grief drooped from the lashes
To veil belladonna and let the dry eyes perceive
Others betray the lamenting lies of their losses
By the curve of the nude mouth or the laugh up the sleeve. 

  Voilà pour ce que je me suis acheté.
  Sinon, on m'a offert des bouquins récemment, notamment à l'occasion de mon anniversaire (eh oui, j'ai fini par avoir 21 ans, JE PEUX BOIRE AUX ETATS-UNIS !!!)


 - Grazyel m'a offert The Fault in our Stars de John Green, un bouquin que vous connaissez tous normalement et que je serai la dernière à lire (une fois n'est pas coutume...) ainsi qu'un carnet William Blake, pour y noter mes réflexions (mouahaha). Elle m'a aussi offert des anti-stress, mais je ne les ai pas pris en photos XD.

- Hiroshima mon amour de Duras, car je ne l'ai jamais lu (ni vu le film d'ailleurs), de la part d'un ami.


 - Matilda a appris que je n'avais jamais lu Clamp, donc elle a décidé de réparer cette faute et de m'offrir les trois premiers tomes de Gate 7. Le dessin est magnifique et l'histoire promet d'être passionnante ; je n'ai pas encore eu le temps de me mettre dedans, mais ça ne saurait tarder !

  Donc voici pour mes derniers cadeaux / acquisitions / musées / trucs bidules machins.

  Et une fois de plus, je vous laisse à la fin d'un article complètement hétéroclite (enfin, vous reconnaîtrez l'effort d'organisation hein >.<), il paraît que ce sont ceux-là les meilleurs, de toute manière, huhu.
Alacris va vous jeter
un sort
  Histoire de rendre cet article encore plus bizarre, tant qu'on y est, vu que c'était Halloween y'a pas longtemps et que je me suis baladée accoutrée dans mon costume de sorcière dans tout le 12e arrondissement de Paris pendant la soirée, voilà une petite image de moi (la lumière ne fait pas ressortir le maquillage diabolique, et on ne voit pas mes ongles noirs ni ma robe noire en lambeaux, mais je vous assure que j'étais une sorcière à faire froid dans le dos, d'ailleurs ça se voit à mon sourire carnassier que je mange des brochettes de crapaud tous les jours et que je sacrifie des corbeaux dans des cimetières).


  Voilà donc, chers amis. Je suis prête à reprendre du service après ce moment vague d'articles un peu rares. Je ne dis pas que j'en posterai autant qu'avant, 10 dans le mois ça me semble difficile (à moins de faire de petits articles blabla fréquemment), surtout avec le mémoire qui commence à m'inquiéter un peu car j'ai pas mal de boulot dans les autres matières et ça m'empêche de me focaliser sur mon mémoire qui forcément, est un boulot plus à long-terme, donc je me laisse envahir par ce qui est plus urgent, et quand par bonheur je finis par avoir un après-midi de libre, je le consacre à Blake.
  C'est un peu fatigant par moment, d'autant plus que c'est la quatrième année d'affilée où je rédige dissertation sur dissertation et que j'avale des bouquins de critique, donc je dois avouer qu'il y a des moments où on perd la motivation, et je me demande si je ne vais pas faire une année de "pause" en tant que professeur de TD dans une université à l'étranger, soit entre mon M1 et mon M2, soit entre mon M2 et l'agrég, parce que si ça continue comme ça, je vais arriver à l'agrég complètement blasée du système académique, et ce n'est pas en étant blasé qu'on rédige une bonne dissertation. Il faut que j'en parle avec mes responsables à mon école, à mon avis on va plutôt me conseiller de faire mon M2 à l'étranger pour changer d'air et de faire une année de prof de TD une fois que j'aurai mon agrég, pendant mon doctorat, mais pour ma part j'ai vraiment envie de faire cette expérience avant l'agrég, histoire de respirer un peu et d'en revenir plus adulte. Je ne sais pas trop encore, je vais voir (le dépôt des dossiers de voeux est pour décembre, faudrait que je me grouille). 


On se revoit bientôt, les cocos ! Et merci d'être restés fidèles malgré mes mises à jour sporadiques, vous êtes super ;D


vendredi 1 novembre 2013

Le coin ciné (spécial Miyazaki) : Kiki la petite sorcière, Arrietty, et La Colline aux Coquelicots

  Un récapitulatif de mes derniers films visionnés un peu particulier, cette fois-ci : trois films de Miyazaki, un réalisateur que j'admire énormément (d'ailleurs j'essaie d'économiser les films qu'il me reste à voir de lui, vu qu'il prend sa retraite...)

 Kiki la petite sorcière - Hayao Miyazaki (réalisateur, producteur, scénariste)
1989 - 1h34

  A l'âge de treize ans, une future sorcière doit partir faire son apprentissage dans une ville inconnue durant un an. Une expérience que va vivre la jeune et espiègle Kiki aux côtés de Osono, une gentille boulangère qui lui propose un emploi de livreuse.


  Un des grands classiques, que je n'avais encore jamais vus. J'ai beaucoup aimé ! Il se destine peut-être plus à un public enfantin que quelques autres "grands" films de Miyazaki comme Chihiro, Le Château ambulant, Le Château dans le Ciel, Nausicaa, ou encore Princesse Mononoké que je trouve orientés plutôt pour les 7 à 77 ans. Mais ça n'en reste pas moins un excellent visionnage, et le film est tout de même tous publics (moi qui vais fêter mes 21 ans dans quelques jours, j'ai été une fois de plus emportée par l'ambiance à la fois émouvante et exaltante de Kiki. A la sortie de chaque visionnage d'un Miyazaki, je suis généralement partagée entre le rire et les larmes, et j'ai le cœur léger tout en ayant été profondément touchée par le film ; c'était le cas aussi avec Kiki. La bande-son une fois de plus signée Joe Hisaishi n'y est pas pour rien, évidemment : les grands fans de Miyazaki reconnaîtront un rythme, un ton qu'il y a dans les autres chef-d'oeuvre du grand maître des studios Ghibli.
  L'histoire est comme d'habitude mignonne comme tout : on s'attache tout de suite à Kiki, cette gamine apprentie sorcière qui part en quête d'aventures sur son balai rebelle, avec son râleur de chat, Jiji (mon personnage préféré, évidemment). Dans la ville où elle s'installe, Kiki trouve rapidement sa place en inventant un système de livraison de pâtisseries à domicile... s'en suivent bien des rebondissements remplis d'anecdotes loufoques, où les pouvoirs de Kiki ne manquent pas d'être remis en question. Amitiés, amours naissantes, réflexions sur l'art et la magie... un film adorable, à voir absolument !


 Arrietty, le petit monde des chapardeurs - Hiromasa Yonebashi
(Hayao Miyazaki producteur et scénariste)
2011 - 1h34

  Dans la banlieue de Tokyo, sous le plancher d’une vieille maison perdue au cœur d’un immense jardin, la minuscule Arrietty vit en secret avec sa famille. Ce sont des Chapardeurs.
  Arrietty connaît les règles : on n’emprunte que ce dont on a besoin, en tellement petite quantité que les habitants de la maison ne s’en aperçoivent pas. Plus important encore, on se méfie du chat, des rats, et interdiction absolue d’être vu par les humains sous peine d’être obligés de déménager et de perdre cet univers miniature fascinant fait d’objets détournés.
  Arrietty sait tout cela. Pourtant, lorsqu’un jeune garçon, Sho, arrive à la maison pour se reposer avant une grave opération, elle sent que tout sera différent. Entre la jeune fille et celui qu’elle voit comme un géant, commence une aventure et une amitié que personne ne pourra oublier…

  Une autre jolie découverte, même si j'ai largement moins aimé.
  L'intrigue est encore une fois très séduisante ; on se trouve dans un monde semblable au nôtre, mais un monde merveilleux tout de même, puisqu'on suit le quotidien d'une famille de Chapardeurs, de petits êtres en tous points semblables aux humains, à ceci près qu'il font la taille d'une main. Plus précisément, on suit les aventures d'Arrietty, une Chapardeuse de 14 ans qui aime se promener toute seule dans le jardin... au risque d'y croiser le chat Nya, ou encore Sho, le jeune garçon malade qui s'ennuie et lit des livres à longueur de journée, et qui est fasciné par ces petits êtres qui se promènent dans la maison. Sho devient alors le complice des Chapardeurs et tente de se lier d'amitié avec Arrietty, malgré la méfiance initiale de celle-ci.

  C'est une belle histoire d'amitié, mais je n'ai pas été emportée comme je le suis d'ordinaire avec les films de Miyazaki. La bande-son plutôt moyenne en est une raison (forcément, ce n'est plus Joe Hisaishi), l'autre est que, Miyazaki se faisant vieux, il a seulement été producteur et scénariste pour ce film, et non directeur (ce qui change tout). On retrouve une ambiance quand même, mais c'est moins magique, moins touchant, il y a moins de suspense... du coup je rangerais plutôt ce film dans la catégorie "pour les plus jeunes" aussi.



  La Colline aux Coquelicots - Goro Miyazaki
(Hayao Miyazaki producteur et scénariste)
2012 - 1h32

  Umi est une jeune lycéenne qui vit dans une vieille bâtisse perchée au sommet d’une colline surplombant le port de Yokohama. Chaque matin, depuis que son père a disparu en mer, elle hisse face à la baie deux pavillons, comme un message lancé à l’horizon. Au lycée, quelqu’un a même écrit un article sur cet émouvant signal dans le journal du campus. C’est peut-être l’intrépide Shun, le séduisant jeune homme qu’Umi n’a pas manqué de remarquer...
  Attirés l’un par l’autre, les deux jeunes gens vont partager de plus en plus d’activités, de la sauvegarde du vieux foyer jusqu’à la rédaction du journal. Pourtant, leur relation va prendre un tour inattendu avec la découverte d’un secret qui entoure leur naissance et semble les lier…
Dans un Japon des années 60, entre tradition et modernité, à l’aube d’une nouvelle ère, Umi et Shun vont se découvrir et partager une émouvante histoire d’amitié, d’amour et d’espoir.

  Encore un beau visionnage (même si... Miyazaki fils et non Miyazaki père, encore une fois ça change pas mal de choses).

  Une histoire sans fantastique cette fois-ci, mais la contemplation si essentielle à la poésie des films de Miyazaki y est bien présente. La bande-son est elle aussi charmante (signée Satoshi Takebe), même si elle ne m'émeut pas aux larmes et ne me soulève pas le coeur comme le font les morceaux de Joe Hisaishi.
  On suit le quotidien de deux lycéens aux sentiments inclinés l'un vers l'autre, Umi et Shun, et surtout Umi - dans sa maison remplie de sa famille de femmes, en haut de la Colline au coquelicots. Ensemble, et avec le reste du lycée, ils s'occupent de la restauration du "Quartier Latin", une grande bâtisse qui abrite les clubs des élèves, et qui est menacée de destruction. Toutes ces scènes de balayage et de remise en état sont très mignonnes à suivre, et on sent l'enthousiasme écolier des divers clubs (littérature, philosophie, chimie...) qui s'unissent afin de sauver le Quartier Latin. Parallèlement, l'univers des marins occupe une grande place dans la recherche de Shun quant à sa famille. Il en va de même pour Umi... à deux, ils vont essayer d'en apprendre plus sur leurs lignages généalogiques.
  En résumé, c'est un film très agréable et même touchant, mais on ne retrouve pas cette flamme si particulière des films de Hayao Miyazaki... en même temps, une carrière prometteuse attend son fils Goro Miyazaki, qui n'en est encore qu'aux débuts, et c'est normal qu'il ne veuille pas suivre en tous points les traces de son père en essayant d'imiter son style, donc je dirais que c'est un beau début pour une grande série de films, on l'espère, superbes.

  J'espère que vous regarderez ces films !
  Désolée pour ces articles si espacés, je suis vraiment occupée en ce moment et j'aimerais faire des articles plus souvent (le mois d'octobre a été assez désertique avec seulement trois articles, même en vacances l'été sans wifi je me débrouillais pour en faire plus, c'est dire !). Je vais tenter de mettre ce blog à jour plus régulièrement dans les semaines qui viennent, et de me mettre à jour sur les blogs des autres aussi >.< ! (retard d'à peu près deux semaines un peu partout...)

lundi 21 octobre 2013

"We are such stuff as dreams are made on", Chronique de The Tempest, Shakespeare

Prospero, Henry Fuseli


"We are such stuff as dreams are made on" IV, 1.

  Dernière pièce de Shakespeare, jouée en 1611, The Tempest est une tragédie pleine de surprises - ou plutôt, une tragicomédie. En effet, retournement de situation, après tant de pièces aux ressorts terribles (on se souvient du "deed" de Macbeth et des mains couvertes de sang de Lady Macbeth, du fratricide à l'origine de Hamlet, ou encore de la passion meurtrière dans Othello), la dernière pièce de Shakespeare est étrangement... exempte de morts et de conspirations terribles. Il y a certes conspiration, trahison, et même vengeance (la tempête elle-même, qui donne son nom à la pièce, est causée par Prospero afin de punir ses ennemis), mais dans l'ensemble, le déroulement de la pièce est singulièrement doux. A ce titre, elle m'a presque fait penser au Songe d'une nuit d'été, qui elle aussi était une pièce où le féérique occupait la première place, et où les diverses querelles se résolvaient sans causer de heurts.

  Il y a bien des ressemblances avec le Songe d'une nuit d'été, notamment tout le parallèle entre un personnage surpuissant (ici, Prospero, sorcier confirmé) qui dirige de nombreux autres personnages qui semblent être ses sous-fifres, et... le statut de dramaturge.

"O brave new world
that has such people in't" V, 1

Miranda, John William Waterhouse

  Douze ans avant le début de la pièce, Prospero a été victime d'une conspiration nourrie par son frère qui lui enviait son statut de Duc de Milan, et le roi de Naples. Laissé à la dérive sur un radeau avec sa fille Miranda, il a fini par échouer sur une île dont il s'est rendu maître, traitant le seul natif de l'île (Caliban) comme son esclave, et portant secours à Ariel, un esprit des airs, qui est devenu son serviteur en remerciement. Douze ans plus tard, Prospero a enfin l'occasion de se venger : ses anciens ennemis passent en bateau non loin de l'île, et il déclenche une tempête pour qu'ils échouent et se retrouvent à la merci de lui et de ses sorts. Ariel l'aide dans ses desseins afin de gagner sa liberté, tandis que Caliban, adoptant l'attitude opposée, ne cesse de se rebeller et se fait des amis des ivrognes du bateau afin de conspirer contre Prospero (pendant comique de la pièce par rapport à la conspiration plus sérieuse nourrie par les nobles, qui eux, ont vraiment réussi à exiler Prospero).

Prospero et Ariel, William Hamilton
  Prospero se moque bien de tout ça. Le fils du roi Alonso, Ferdinand, échoue sur l'île lui aussi, et il est très content de voir sa propre fille, Miranda, et Ferdinand tomber amoureux très rapidement ; c'est le couple de jeunes premiers un peu inévitable de la pièce. On a un Ferdinand très courtois, et une Miranda naïve et pleine de charmes, même si elle parvient à temporairement renverser son rôle de temps en temps, en se montrant plus dure ou plus sexuellement ouverte que ce à quoi on pourrait s'attendre (elle propose notamment à Ferdinand d'être sa maîtresse si jamais il ne veut pas l'épouser). Mais ces jeunes premiers ne sont jamais que les pions de Prospero ; de manière générale, tous les personnages sont les pions de Prospero, et l'île est son échiquier géant. Ce qui rend les personnages de la pièce difficiles à aimer, d'ailleurs : d'un côté on a Prospero qui est au-dessus du statut de personnage, car il est un metteur en scène, un dramaturge sur scène... et de l'autre côté, on a tous les autres personnages, qui sont des sous-personnages car il est évident que leurs moindres faits et gestes, leurs pensées, etc., sont commandés par Prospero. 

"Our revels now are ended. These our actors, 
As I foretold you, were all spirits and 
Are melted into air, into thin air: 
And, like the baseless fabric of this vision, 
The cloud-capp'd towers, the gorgeous palaces, 
The solemn temples, the great globe itself, 
Yea, all which it inherit, shall dissolve 
And, like this insubstantial pageant faded, 
Leave not a rack behind" IV, 1.

  Honnêtement, ce qui m'a le plus séduite dans cette pièce, c'est toute la métonymie du théâtre sur scène. J'ai un faible pour les mises en abyme, et évidemment, là, j'ai été servie. Si on retire cette métonymie, la pièce n'a franchement pas de quoi rivaliser avec les grands chef-d'oeuvres de Shakespeare (et certainement pas avec King Lear, ma pièce favorite entre toutes comme vous le savez peut-être déjà). Très peu de suspense, on se doute du déroulement et de l'aboutissement des choses dès le début... pas de sentiments violents ni de déchaînements époustouflants. Non, c'est surtout l'histoire d'une vengeance qui se termine "bien", et en quelque sorte, une parodie de tragédie... les personnages essentiellement comiques comme Caliban, Trinculo, et Stephano (autant de bouffons ou de fous, d'ailleurs), ont bien plus de substance que les personnages potentiellement dangereux comme Alonso, Sebastian, et Anthonio, qui ont causé l'exil de Propsero. D'ailleurs, Caliban est un personnage plutôt limite, dont on pourrait dire de manière anachronique qu'il questionne presque la légitimité du colonialisme, dans la mesure où il représente la nature dénaturée par Prospero, qui l'a mis à son service en arrivant sur l'île, et lui a appris le langage de la servitude... et en même temps, Caliban est un personnage dont le discours est très poétique quand il met sa fureur de côté, donc il est capable de détourner ce langage de servitude que Prospero lui a inculqué.

"Those are pearls that were his eyes" I, 2.

Ariel, Henry Fuseli

 Il y a bien un personnage un peu plus "limite" dans la pièce, le seul personnage vraiment intéressant avec Prospero et Caliban selon moi, dans la mesure où tous les autres sont des accessoires : je veux bien sûr parler d'Ariel, sorte d'esprit des airs, fée mâle, androgyne s'il en est, capable de se transformer en harpie, mais aussi de jouer des airs enchanteurs... Ariel est l'instrument principal de Prospero ; sans lui, les pouvoirs de Prospero ne sont guère étendus. Et en même temps, Ariel est lié à Prospero par la magie, il est son serviteur et ne peut s'échapper. Prospero a donc tous les pouvoirs sur lui, et on ne peut pas vraiment dire que Ariel fasse concurrence à Prospero ; toutefois, un peu dans le même cadre que Puck dans le Songe d'une nuit d'été, Ariel est l'agent principal de la pièce.




  Et pour terminer, je vous mets ce trailer de The Tempest, 2010, avec Helen Mirren dans le rôle de... Prospera (oui, ils ont travesti de le personnage principal !), et Ben Wishaw dans celui d'Ariel. Je n'ai pas encore vu ce film, mais il me tarde (surtout que j'adore ces deux acteurs).