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vendredi 17 mai 2013

Malaise face à la littérature française contemporaine

Clair de lune, tableau venant de cette galerie


« Les grandes démocraties de l’avenir seront peu libérales pour les écrivains »
Apollinaire


Avant toute chose, une petite précision : « démocratie » est à prendre au sens large du terme. Apollinaire n’est pas en train de célébrer la tyrannie contre le pouvoir du peuple (étymologiquement, le sens de démocratie). Par « les grandes démocraties », il entend les grandes sociétés de masse où le technicisme et l’utilitarisme deviennent de plus en plus puissants, jusqu'à dénuer l’individu de toute aura personnelle.


  Apollinaire écrit ça autour de 1916. Il est mort à la fin de l’année 1918, soit en même temps que la première Guerre Mondiale a pris fin, mais il avait une certaine intuition de l’avenir qui, on le voit maintenant, était bien inspirée. Souvent quand je lis l’histoire des écrivains passés, j’en ai des étoiles dans les yeux. C’est d’ailleurs un peu le phénomène qu’on observe dans le film Midnight in Paris : un écrivain de 2010 peut retourner dans le Paris des années 20 et fréquenter Hemingway, Fitzgerald, TS Eliot, ainsi que des peintres comme Picasso, Dali… et pour lui, ils sont devenus des légendes. Alors que pour eux, la vie n’a rien de ce côté légendaire que la critique littéraire et les biographies ont fini par leur prêter rétrospectivement. Pour nous, ce sont des héros. Eux, ce n’étaient que des hommes.
  On a souvent l’impression, à tort peut-être, que c’était mieux avant. En lisant les manuels de littérature on a l’impression que tout coule de source : Rimbaud s’ennuyait ferme dans sa campagne, il s’est procuré des journaux littéraires, a écrit à des poètes parisiens, a rejoint Verlaine, Banville etc., et puis il est devenu le sublime voleur de feu, le Prométhée moderne. Alors que la réalité est toute autre. Et quand on se plonge dans des bouquins très spécifiques d’une époque, on se rend compte qu’il y a une ribambelle d’écrivains oubliés, rangés dans le fonds de tiroir, que même les érudits ignorent. Ces écrivains, ce sont soit les auteurs de best-sellers de l’époque, que tous les gens achetaient bêtement mais dont les écrits n’avaient aucun intérêt ou peu d’un point de vue littéraire, soit des écrivains dont les écrits avaient une certaine valeur, mais qui ont été éclipsés par le piédestal sur lequel l’Histoire a mis certains écrivains qui sont les plus appréciés du mouvement dans lequel ils s’inscrivent (volontairement ou non), et qui étaient tellement brillants qu’ils ont fait tomber dans l’oubli ceux qui étaient bons, mais pas géniaux. Ne serait-ce que Banville, qui dans le milieu des études littéraires est pourtant connu, au moins de nom : sans lui, Rimbaud ne serait pas Rimbaud. Et pourtant personne ne se souvient de Banville.
  Bref, les récits rétrospectifs ont tendance à nous faire croire que tout est allé comme sur des roulettes, et que le destin des écrivains était déjà tracé avant qu’ils n’entament leur chemin littéraire. Il paraît évident que Victor Hugo ait pu publier ses premiers écrits : après tout, c’est Victor Hugo. On réfléchit en termes de destin, au lieu de réfléchir en termes de désert sur lequel construire. Et ça nous induit en erreur.

  Cependant il y a bien un point sur lequel j’envie les écrivains du passé. Je crois que cette citation d’Apollinaire met dans le mille.

  Je suis pour la démocratisation de la culture. Je suis pour le bac et l’université accessible à tous. Je suis pour le fait que, le plus de monde écrit, le mieux c’est.
  Le problème, c’est que j’ai l’impression que la culture ne digère plus ses écrivains. A l’époque d’Apollinaire, tout le cercle littéraire connaissait Mallarmé (mort à peine quinze ans plus tôt) et en faisait soit un père fondateur, soit un père à liquider (complexe d’Œdipe). Bref, on se souvenait de Mallarmé, on s’inscrivait dans une histoire littéraire, qu’on le veuille ou non.  Aujourd'hui, le dernier grand écrivain en date dont on parle, c’est Sartre. Sartre est mort en 1980. Son apogée de situe dans les années 40.

  Ce qui me dérange, c’est qu’on ne distingue plus ce qui est littéraire de ce qui ne l’est pas. N’allez pas me faire croire que Les confessions d’une accro au shopping, c’est de la littérature. N’allez même pas me faire croire que Twilight, c’est de la littérature. Que tous ces écrivains français dont je ne citerai pas le nom et qui sont sur les promontoires des meilleures ventes en lettres majuscules et en affiche dans le RER à côté d’une pub pour McDonald’s, c’est de la littérature. Vous m’excuserez si j’en froisse certains, mais j’ai moi-même un jour (disons, autour de mes douze ans) apprécié ces livres grand public dont les publicités infinies sont assénées au lecteur-consommateur. Or, l’on invective le plus violemment ce qu’on éprouve de la honte à avoir un jour apprécié.

  Le problème du monde moderne, ce n’est pas que la littérature est accessible à tout le monde. Ça, c’est une bonne chose. Le mauvais résultat de cette démocratisation de masse, c’est qu’on offre désormais un bouquin comme un offre un paquet de chocolats. Quand on veut paraître un peu lettré, on offre un Prix Goncourt pour Noël. Les Prix Goncourt, tout le monde les achète. Personne ne les lit.

  Bref, on est pris dans un tourbillon d’œuvres commerciales qui pleuvent de toutes parts, et au milieu de tout ça, on ne sait plus où est la littérature. Ca fait 40 ans qu’on ne sait plus où est la littérature. Au lycée on étudie le classicisme (courant qui n’a jamais existé), puis les moralistes, puis les exoticistes, puis les Lumières, puis les préromantiques, puis les romantiques, puis les parnassiens, puis les décadentistes, puis les modernistes, puis les surréalistes. On dit un ou deux mots de l’absurde. On fait une allusion au Nouveau Roman en disant à quel point c’est révolutionnaiiiire et modeeeerne et tout ça. Oui sauf que le Nouveau Roman c’était dans les années 1950-1960. Un demi-siècle donc. D'accord, ça influence la littérature d'aujourd'hui et d'accord, on n'est pas obligé de mettre une étiquette sur les oeuvres et de les faire rentrer dans un mouvement littéraire pour qu'elles aient une signification - heureusement que non ! -, mais je trouve ça inquiétant de se glorifier du Nouveau Roman comme d'une nouveauté suprême alors qu'il est déjà loin derrière.

  Il y a de bons écrivains en France. Mais ils sont noyés sous la couverture médiatique du médiocre. Et je dois le dire honnêtement, je ne sais pas qui sont ces bons écrivains. Ca fait des années que je ne lis quasiment que du classique. Un peu de littérature jeunesse aussi (merci mon enfance dans les salles jeunesse des librairies). Les écrivains contemporains que j’ai lus, ce sont les meilleures ventes pour lesquelles j’ai assez, je crois, exprimé mon agacement. Ce sont des choses qui se lisent. Ce peuvent même être des lectures sympas. Mais tous ces bouquins-là seront aux oubliettes de la culture d’ici 20 à 30 ans. Ils ne côtoieront jamais Molière, La Bruyère, Rousseau, Musset, Baudelaire, Proust, Gide, ou Beckett dans un manuel de français.

  J’en arrive donc au point où, honnêtement, je ne sais pas quels sont les bons écrivains actuels. Je sais à peine qui sont les bons écrivains d’il y a 20 ans. J’aimerais bien les découvrir, mais par où diable est-ce que je pourrais commencer ? Certes il y a des écrivains géniaux dont les œuvres sont récentes : il y a Perec, il y a Michaux… mais enfin, ces derniers sont déjà considérés comme des classiques ! J’aimerais, pour une fois, trouver un bon écrivain sans avoir à me référer à la liste des auteurs considérés classiques que publient les Grandes Ecoles.
  Et je ne veux pas passer à côté d’un phénomène, comme quand on lit la biographie d’un auteur génial et qu’on voit qu’il a été pauvre et méprisé toute sa vie et qu’on se dit « mais bordel, les gens étaient cons ou quoi pour ne pas avoir remarqué que ce livre était un ouragan ? ».

  J’ai la nostalgie du temps où tout le monde littéraire et artistique de Paris se retrouvait à Montmartre, ou dans le quartier de Montparnasse, ou au Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés. Du temps où on pouvait entrer dans l’un de ces cafés et savoir qu’on allait y croiser tel écrivain, qu’il tenait ses quartiers là. Du temps où il y avait des mécènes ou juste des lecteurs éclairés qui conseillaient tel ou tel écrivain après avoir lu son manuscrit. Du temps où il y avait un milieu artistique, tout simplement.

  Aujourd’hui Montmartre est un nid à touristes, Montparnasse est un quartier d’affaires sans poésie, Saint-Germain-des-Prés est un quartier habité soit par des ministres, soit par des stars américaines. J’exagère à peine.
  Certes, les grandes maisons d’édition sont encore implantées dans le sixième arrondissement. Certes, la place Sartre Beauvoir, par son nom, montre les vestiges d’un monde littéraire disparu. Il y a des librairies éparpillées un peu partout dans ce coin-là. Le sixième arrondissement, aujourd’hui, c’est un peu comme ces cathédrales délabrées : le sentiment du sacré demeure, mais la messe est finie.

  C’est fou à quel point on est vite passé au livre de consommation. Le livre qui se dévore, avec supplément fromage et sauce ketchup. Je n’ai rien contre l’expression « dévorer des livres ». En tant que métaphore, elle me plait. En tant que réalité, elle me fait peur.
  Oui, j’ai conscience que ça fait un bon moment qu’on est dans ce régime de lecture, et que j’ai peut-être l’air un peu vaine, à débarquer en 2013, à brandir mes grands drapeaux de sentiment d’injustice et à me battre pour des causes perdues d’avance. Et je ne tiens pas à revenir au temps où, quand on vendait 100 exemplaires (ou même 10 pour certains auteurs), on était assuré que tous les gens lettrés connaissaient ce qu’on avait écrit. Les choses ont changé, le nombre d’auteurs autant que de lecteurs s’est démultiplié. Et tant mieux. Mais alors, à moins de devenir un best-seller, un livre se perd complètement dans la masse, avalé par l’océan de tous les autres. Il y en a tout simplement trop. On ne peut pas tout lire. On passe à côté de belles découvertes ; et c’est dommage.

  Peut-être que le temps des auteurs sacralisés qui ont leur nom d’arrêt de métro et leur statue sur une place publique est mort.
Je ne déplore pas ce changement : le XXe siècle a bouleversé les structures de la littérature : l’auteur a cessé d’être un dieu tout-puissant (il est même mort diront certains, or je ne saurais qu’approuver la mort de l’auteur en tant qu’institution selon la si belle formule de Barthes). L’auteur se fond dans son texte, dissous par sa toile comme une araignée (Barthes encore, décidément) : il est nulle part et partout à la fois, bien plus humain d’une certaine manière. J’ai toujours adoré cette idée de dispersion de l’être dans le monde. Ca me rappelle la fin d’A la croisée des mondes, et c’est bien pour cette raison que cette fin de bouquin est une des fins les plus intelligentes et les plus justes que j’aie jamais lues.
  L’écrivain moderne n’est plus une statue avec son nom gravé dans la pierre mais un anonyme au visage fugitif et mystérieux. Encore une fois, je ne saurais qu’approuver ce changement. C’est important de garder les statues des grands hommes passés néanmoins : c’est un peu comme les palais, c’est beau de les visiter, de les voir, c’est la trace d’une grandeur passée. Mais notre époque n’est plus celle de la construction de palais, ni de statues. C’est l’époque de l’humain dans sa condition la plus fragile, fragmentaire, et de la même beaucoup plus fidèle. Est-ce à dire que pour autant on doit oublier toute idée de mise en valeur ? Ce n’est pas parce que l’écrivain doit rester anonyme que son œuvre, elle, le doit. 

  Il faut trouver une manière de partager la culture plus équitablement : ce n’est pas parce que tout le monde a accès aux livres que tout le monde a accès à la culture, loin de là. La grande erreur de la démocratisation des livres (désolée pour les formules un peu trop ampoulées, j’aimerais pouvoir m’en passer), bref la grande erreur de cette distribution plus large des livres, c’est de croire que le lecteur lambda isolé et sans formation littéraire particulière (par les études OU par l’habitude de lire des choses variées) peut se cultiver. Ce lecteur, au contraire, est la proie idéale des romans de gare. Tout le monde a accès à la cheap literature et aux grands panneaux d’affichage, ça c’est sûr. Lorsqu'il s’agit de déterminer ce qui se fait de vraiment bon, voire de magnifique, en revanche, on a intérêt à être rôdé. Ou a connaître du monde dans les Grandes Ecoles, dans les maisons d’édition, dans les sociétés littéraires… et encore. 

   Alors c’est aussi pour ça que je suis venue sur la blogosphère.
  Parce que j’en ai assez de demander conseil à mes professeurs pour mes lectures. Ils m’ont toujours donné de très bons conseils et je leur en suis on ne peut plus reconnaissante. Mais j’évolue dans un système hyper-académique et élitiste depuis des années, et au bout d’un moment, si on ne lit que ce qui est lu par les gens qui ont des titres d’excellence et dont le jugement est reconnu selon des critères professionnels, je crois qu’on passe à côté de quelque chose de primordial. Le tout, c’est de trouver un équilibre entre académisme et aventure dans ses choix. Certes ça fait partie du boulot des profs d’essayer de dénicher les nouveautés peu connues, et ils peuvent en conseiller. Mais combien d’écrivains aujourd'hui considérés parmi les plus « classiques » ont été ignorés par les « spécialistes littéraires » de leur temps ? Combien d’écrivains qu’on étudie aujourd'hui du collège à l’agrég ont été méprisés par les érudits de leur temps ?
  D'accord, un bon érudit est quelqu'un qui ne passe pas à côté d’un chef-d’œuvre. Et le respect que j’ai pour mes professeurs fait que j’ai confiance en leur jugement. Mais tout de même, ce serait trop bête s’il fallait nécessairement être agrégé ès Lettres pour avoir un bon jugement littéraire (d’ailleurs, ce que ça veut dire, un bon jugement littéraire…)

  J’ai envie de cesser d’avoir constamment un crayon à la main pour prendre des notes quand je lis un bouquin. J’ai envie de prendre une distance de sécurité avec l’académisme, précisément car je serai moi-même agrégée de littérature et que je ferai une thèse et que je serai dans le milieu universitaire toute ma vie. Tout bon professeur, je pense, est un professeur qui n’écoute pas que l’avis des autres professeurs. Je ne veux pas devenir un cliché de snobisme et d’élitisme. Et en même temps, je voudrais que la junk-lit occupe moins de place dans les librairies (mais ça, ce n’est pas prêt d’arriver…)

  Alors j’espère que la blogosphère sera le lieu de cette découverte.
  Parce qu’en fin de compte c’est peut-être ça, aussi, l’avant-garde. Se détacher des institutions et aller du côté des anonymes qui construisent doucement, sans qu’on s’en aperçoive, ce qui demain sera reconnu comme la beauté.

Alacris

18 commentaires:

  1. Article très intéressant et qui reprend pleins de trucs qui me sont déjà passés par la tête sans que je prenne comme toi le temps de bien les rédiger et les mettre à plat.
    Je ne vais pas tout commenter maintenant parce que j'ai besoin de digérer ce que tu as dit, mais je reviendrais plus tard pour le faire.

    Je peux te conseiller cependant quelques auteur-es de littérature contemporaine que j'aime (je ne vais pas te mettre Sagan même si je l'adore, parce que c'est déjà "vieux" tout ça, tout comme Supervielle) : Jean-Philippe Blondel (Et rester vivant, A contretemps, Accès direct à la place) est un écrivain sublime, génial, top top (et il fait de la littérature 'jeunesse' tout aussi bien avec Brise-Glace ou Un endroit pour vivre). Je trouve Régis Jauffet particulièrement intéressant avec Sévère ou Lacrimosa (je n'ai lu que ceux là, du coup je ne peux pas te conseiller les autres titres, mais Asile de fous a l'air génial), Daniel Pennac bien sûr (mais ça tu le sais déjà), Camille de Peretti est pas mal non plus (plutôt avec Nous sommes cruels et Nous vieillirons ensembles), Régis de Sa Moreira avec son Le libraire (je l'ai lu trois fois et à chaque fois c'est génial), Sylvain Tesson avec son sublime Dans les forêts de Sibérie, Valérie Tong Cuong (avec L'ardoise magique), Claudie Gallay aussi (Les déferlantes c'est une vraie claque). Je ne te cite que des français, et le faisant je me rends compte qu'il y en a finalement peu que je considère être de la "littérature". On m'a aussi offert récemment un livre de Gaëlle Josse (Nos vies désaccordées qui a l'air super) et tu as aussi Delphine de Vigan.

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    1. Sagan en effet ce n'est déjà plus du contemporain, même si j'aime bien (j'en ai lu Bonjour tristesse et La Chamade, tous deux des bonnes lectures, à mi-chemin entre le roman de gare et le classique je pense), et pareil pour Supervielle, que j'apprécie également... Je penserai donc à regarder Blondel, Jauffet, de Peretti, de Sa Moreira, Tesson, Tong Cuong, Josse, et Gallay (j'ai entendu beaucoup de bien des Déferlantes, il est dans ma liste de livres à lire enfouie quelque part dans un coin poussiéreux de mon cerveau mal ordonné). Et Pennac oui je connais ;) . Je savais que je pouvais compter sur toi pour éclairer ma lanterne, tu es une des personnes qui lit le plus, et surtout les choses les plus variées que je connais (peut-être même d'ailleurs LA personne qui lit de manière aussi diversifiée que je connais).
      Delphine de Vigan, j'avais bien aimé No et moi, en revanche j'ai feuilleté Rien ne s'oppose à la nuit il y a quelques semaines et je n'ai pas accroché alors que ce roman a reçu beaucoup de prix. J'essaierai peut-être de le lire de façon plus assidue, seule et au calme, pas comme dans un coin de la fnac.
      En tout cas je vais avoir des vacances assez grandes cet été donc je vais essayer de faire une grosse remise à niveau question littérature contemporaine ><

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    2. J'ai mal écrit, c'est Jauffret (je suis bête u_u").
      De Sagan j'ai aussi lu Bonjour tristesse, mais je ne l'ai pas trouvé très bon. Château en Suède par contre, et Toxiques sont excellents.

      Rien ne s'oppose à la nuit ne me tente pas, mais Les heures souterrains j'ai trouvé ça très bien.

      Je ne sais pas si je lis beaucoup, mais bon j'aime assez la contemporaine donc voilà. Enfin j'aime la contemporaine qu'on ne vend pas en supermarché comme du poisson ; les prix ça représente tellement peu la qualité d'une oeuvre que ça fait longtemps que ça me passe au-dessus de la tête.

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    3. Je tenterai Les heures souterraines alors :)

      La sélection de livres des supermarchés... on est d'accord x). Remarque, y'a Harry Potter dans les supermarchés et Harry Potter c'est génial ! *sort*

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  2. De bonnes idées dans ce billet plutôt bien troussé.
    Cependant, je ne serai peut-être pas aussi catégorique sur certains points, à commencer par le fait que Sartre est le "dernier grand écrivain dont on parle". Des auteurs plus récents sont mis en avant, même par les enseignants en littérature (Romain Gary pour les années 1960 en France, par exemple, parce qu'il est le premier qui me vient à l'esprit).
    Quant au fait que l'édition est prolifique et qu'il est parfois difficile de faire son choix, les outils modernes peuvent guider car ils proposent la confrontation d'avis très divers, et non limités aux experts plus ou moins auto-proclamés. Ne pas passer à côté d'un chef d'oeuvre est fort difficile car les générations qui les voient éclore n'en ont souvent pas conscience. Repérer les ouvrages de qualité est plus facile, en se montrant curieux et attentif, en écoutant ses goûts personnels plutôt qu'en suivant les modes littéraires.
    Enfin, la littérature à grand succès, quoique de piètre qualité, est une constante dans l'histoire. Ce n'est pas à une Normalienne que je l'apprendrai. La littérature de colportage à la fin de l'époque moderne, comme les romans publiés en feuilletons au XIXe siècle, ont eu un immense succès et sont, d'une manière ou d'une autre, des fondements de la culture populaire. As-tu essayé de lire "Les mystères de Paris" ? On est loin de la grande littérature, et pourtant c'est la source du mot d'usage courant "pipelette", par exemple. Tout le monde n'est sans doute pas prêt à déguster ce qu'on se plaît à nommer "la grande littérature", et n'en a peut-être même pas envie. Je ne (re)lirai pour rien au monde certains auteurs à succès (j'ai essayé, pour être à même de critiquer de manière argumentée), mais je peux comprendre que leurs histoires simpl(ist)es et leur style un peu plat conviennent à une partie du lectorat qui cherche seulement à se divertir. De la même manière, il faut du cinéma d'auteur et des films grand public.
    L'ouverture d'esprit et la curiosité sont sans doute les meilleures armes pour explorer la littérature contemporaine, en évitant le piège de la pédanterie.

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    1. Bon, je galère à poster mon commentaire depuis une demi-heure, donc je vais le couper en deux, ça sera plus simple >.<

      I)
      Long commentaire et matière à discussion !
      Au sujet de Romain Gary, on en parle c'est vrai, mais de manière assez allusive malheureusement (je trouve du moins), et d'autre part il faut appartenir à un milieu assez cultivé pour en avoir entendu parler. C'est vrai pour tout auteur, mais enfin même le lycéen peu intéressé par la littérature sait situer Racine, tandis que Gary, c'est tout de suite moins clair. Et Gary n'est plus vraiment contemporain. Enfin, j'ai l'air de pinailler un peu comme ça et d'insister sur des détails, je comprends ton idée : oui, on parle d'auteurs plus récents que Sartre, mais en définitive peu. Quant aux livres publiés de nos jours, vide complet... après, ça dépend aussi des professeurs de français qu'on a : s'ils sont plus au moins curieux des actualités ou non, ça peut changer du tout au tout les lectures de leurs élèves. Et puis il y a la responsabilité de l'élève lui-même aussi, qui ne peut pas toujours compter sur le professeur pour le guider dans ses lectures.
      Je reconnais ne jamais avoir fait le grand saut, et j'aimerais pouvoir faire une razzia de livres publiés récemment et les lire jusqu'à avoir une idée de ce que j'aime dans toute cette montagne, ce que j'admire, ce que j'aimerais voir être encore lu dans 50 ans, voire 100 ans, voire même encore plus tard si c'est possible :) . Je ne l'ai pas fait par manque de temps surtout, mais maintenant que je ne suis plus en prépa je n'ai plus d'excuse, même si quand on a des classiques sur lesquels travailler en profondeur pour divers cours on a tendance à ne plus lire que de la critique littéraire et des oeuvres liées à l'oeuvre étudiée, si bien qu'on finit par ne pas du tout lire ce qui se fait dans le présent, et qu'on lit et relit tellement les mêmes choses en cherchant à sans cesse à approfondir sa lecture qu'on oublie ce que c'est que d'être juste interpellé par un bouquin, de l'ouvrir par curiosité, et de le lire assez rapidement. C'est justement pour ça que je concluais sur une note un peu plus optimiste (ça ne devait pas être très apparent >_< ) en disant que ce blog et la découverte des blogs des autres était, je pense, l'occasion pour me guider :)
      Oui c'est sûr que la littérature grand public est une constante. J'ai effectivement lu des passages des Mystères de Paris ! Le mélange langage du XIXe / fautes de grammaire et de cohérence produit un ensemble assez amusants par moment. Des auteurs reconnus comme classiques ont eux aussi écrit des choses assez fades parce qu'ils avaient des deadlines et qu'ils devaient gagner leur vie : ne serait-ce que Balzac ou Thomas Hardy, il y a de l'excellent comme du très moyen dans leurs oeuvres, et un côté grand public parfois, justement. Mais Balzac était très lu, du moins c'est ce que le récit de sa vie et de l'époque laisse entendre.

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    2. II)

      Tout le monde n'a pas envie de lire des livres avec une syntaxe qui joue avec les limites du langage, des histoires compliquées ou même pas d'histoire, des thèmes peu attirants, des tournures pédantes... bref, effectivement, tout le monde n'a pas envie de lire des livres difficiles à lire. Sauf que ce qui peut devenir un classique n'est pas forcément difficile à lire, et certains classiques sont très abordables. Réciproquement, certains livres sont inutilement remplis de phrases compliquées et de structures à dormir debout et en fin de compte ce n'est que du vent. Donc je suis d'accord, on ne peut pas forcer les gens à lire de la littérature qu'on proclamerait supérieure parce qu'on a un titre qui permet en théorie de le faire, ce serait tyrannique, mais ce que je déplore c'est qu'on soit pris dans un océan de livres à succès assez fades. On en vient à oublier tous ceux qui sont derrière, qui ne sont pas forcément plus difficiles à lire, et qui sont plus enrichissants tant au niveau personnel que culturel.

      Mon commentaire est est terriblement long et je crois avoir répondu à à peu près tout, mais la discussion peut se prolonger :)

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    3. Belle réponse, fort bien argumentée.
      Je reviens rapidement sur les auteurs modernes, et la connaissance qu'en ont les collégiens ou les lycéens. En effet, si les auteurs dits classiques comme Racine sont moins étudiés (au collège en tous cas), les auteurs contemporains le sont davantage. Si tu feuillettes un manuel de français de 3e, tu pourras constater que Romain Gary est régulièrement cité, et que des auteurs encore plus proches de nous apparaissent, comme Andreï Makine, par exemple, mais aussi que les oeuvres intégrales étudiées sont parfois des textes très récents (les pièces de Yasmina Reza, des textes de Didier Daeninckx ou Laurent Gaudé). Je trouve cette évolution rassurante, car elle permet aux adolescents de se frotter à une littérature contemporaine, qui ne se cantonne pas pour autant à de la littérature jeunesse.
      Etant passée par les classes préparatoires, puis ayant préparé l'agrégation, je comprends très bien ton sentiment de manquer de temps à consacrer à des lectures d'exploration quand tu es déjà fort occupée à disséquer des titres plus classiques et à arpenter les textes critiques. Pourtant, je pense que c'est une chance d'avoir une connaissance solide des classiques car ils servent ensuite de point de repère dans des lectures plus contemporaines, et évitent de se laisser aller, comme la foule aussi naïve que crédule, à un enthousiasme débordant devant une oeuvre neuve qui se révèle n'être qu'une pâle copie d'une intrigue déjà usée jusqu'à la corde par les auteurs d'hier et avant-hier. Dès lors que tu seras libérée des "lectures contraintes", tu picoreras naturellement dans la production récente et, les blogs ou autres publications littéraires aidant, tu seras à même de dénicher les pépites d'aujourd'hui, puis de les faire connaître à tes proches comme à tes futurs étudiants.
      Se poser des questions, et pouvoir discuter, même par écrans interposés, c'est déjà accroître ses chances de mettre le doigt sur lesdites pépites. ;)

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    4. Cette évolution des manuels de collège est pour le mieux alors : ce n'était pas comme ça quand j'étais en 3e, mais en tout cas ça fait plaisir ! Mine de rien, dans les auteurs que tu cites, je connais Yasmina Reza et Didier Daeninckx de nom, mais c'est tout... en tout cas tant mieux si les collégiens d'aujourd'hui en entendent parler. Les habitudes de lecture qu'on prend au collège et au lycée sont tellement déterminantes pour les lectures qu'on fera dans le reste de sa vie !
      La connaissance des classiques aides beaucoup oui, mais il ne faut pas non plus tomber dans le travers inverse qui est de ne plus lire que des classiques et d'être complètement déconnecté de son époque (ce qui est un peu ma situation, donc j'essaie d'y remédier ^.^ ). C'est rassurant d'entendre dire par quelqu'un qui est passé par là où je passe en ce moment que je ne vais pas rester dans cette sphère isolée de l'actualité pour toujours en tout cas :) (ma phobie : devenir une prof plongée dans ses recherches et sans ancre dans la littérature du présent, ce serait le comble). Merci beaucoup pour ce message porteur d'optimisme !

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  3. PARTIE I :

    Sacré article. Bizarrement, je ressens beaucoup d'inquiétude de ta part à l'intérieur. Pas forcément une inquiétude qui te ronge le cerveau et t'empêche de dormir, mais un truc qui montre que tu cherches ta place dans cet espèce de grands fourre-tout que l'on nomme, encore aujourd'hui, littérature !
    Et je te comprends.
    Je pense que tu sais déjà quel genre de propos je vais tenir (tu me connais bien, petit chat des monts rocheux !) mais bon, il y aura peut-être de l'inédit :D
    Déjà, je vais forcément avoir une place différente de la tienne dans le rapport qu'on peut avoir avec la littérature. Dans l'ensemble, je suis plutôt d'accord avec toi, mais comme on n'a pas le même passé littéraire, qu'on n'a pas lu les mêmes choses, il y a forcément des divergences.
    Pour revenir sur le début de ton article, là où tu dis que les romans placardés sur les panneaux à côté du macdo ne sont pas de la littérature (ou que la chick-lit (je crois que c'est ça) ou Twilight ne le sont pas), je ne suis pas d'accord. Pour moi, il n'existe pas de mauvaises littératures, juste des lecteurs différents. Peu importe qui se cache derrière un livre, que ce soit Stephenie Meyer ou Musset (note ma comparaison et grince des dents XD), ce sont des êtres humains avant tout, qui ont consacré des années à travailler sur leurs projets. Et puis, il y aura toujours au moins un lecteur pour un livre publié. Il y a toujours un lectorat quelque part de toute façon. Du coup, je me dis que ce n'est pas forcément la littérature qui est déséquilibrée, mais plutôt le lectorat...
    Donc du coup, si je viens pour te faire croire que Twilight, c'est de la littérature. Même pire, je ne viens pas pour te le faire croire, mais parce qu'il faut l'admettre. Il y a forcément du "style" dans tout, même dans ce qu'on considère comme médiocre. Un mode d'emploi n'est pas littéraire, un roman, quel qu'il soit, l'est. Après, est-ce que c'est de la bonne littérature ? Le lecteur est le seul à pouvoir trancher, mais la réponse ne sera jamais l'équivalent d'une équation mathématique. Moi, je juge que même Fifty Shades, c'est de la littérature. Même si cette trilogie me rebute totalement, et bien, je l'accepte.

    Bon, mon père m'a interrompu pour aller manger pendant que je rédigeais mon commentaire, donc une partie de mes réflexions sont parties dans mon jambon.. u_u...

    Sinon, pour revenir sur le fait qu'il n'y a plus de Café de Flore où d'endroits pour trouver des écrivains... Je ne sais pas si c'est bon ou mauvais. Ou si c'est vrai.
    Comme je te l'ai dit par texto, aujourd'hui, j'ai découvert une communauté soudée de très jeunes auteurs, de gens qui organisent des événements, qui veulent faire bouger le monde littéraire d'aujourd'hui, afin de véhiculer leurs propres valeurs, leur propre fonctionnement et leur réactualisation de la littérature. Et d'une certaine façon, je ne pense pas que ce soit différent d'un Café de Flore. Ce n'est plus la même époque, il faut faire avec son temps. Avant, il y avait une terrasse, aujourd'hui, il y a un clavier et un écran.
    Et puis, tu ne crois pas qu'on l'a pas déjà eu notre "Café de Flore" ? Pense à la façon dont on s'est rencontré, de la manière dont Lara, Cess, Anaïs... etc. sont entrées dans nos vies ? Ce n'était peut-être pas un lieu "physique", mais nous étions dans une communauté littéraire. Le monde d'aujourd'hui est juste remis à jour par une Toile géante. C'est là que ça se passe, tout est différent et pourtant... si similaire !

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  4. PARTIE II :

    Mais comme nous sommes dans cet "aujourd'hui", on ne prend pas conscience de ce que nous sommes en train de créer. On pense "hier" quand il faut voir "demain". On se dit que tout est vain, tout est fini, on fantasme sur l'ancien parce qu'on a le sentiment que rien n'est beau actuellement..
    Je pense ça, même moi et mon espèce de bavardage que je te ponds, je le pense. Mais quand j'y réfléchis vraiment, je me rends aussi compte à quel point on a de la chance d'être dans cet endroit où il y a des milliers, voire des millions, de personnes qui postent des fictions, qui cherchent à être publiés ! On peut créer si facilement des liens, en s'en donnant la peine, ça finit par marcher ^_^ Il faut juste creuser sa petite place et ne pas se dire "personne ne m'entendra !" mais plutôt aller causer avec son voisin et lui dire "coucou, je te vois :D". Et ce voisin là dira la même chose à son voisin, qui le dira à son tour, et ainsi de suite. C'est la magie des liens (jeu de mot somptueux XD).

    Bref, je pense que je m’égares légèrement du propos de ton article.
    Dans l'ensemble, je suis tout à fait d'accord avec toi, surtout sur l'accès à la culture. C'est une chose que je déplore énormément. On a l'impression de revenir à une sorte de lutte entre "conservateurs" et "progressistes" (o.o je ne sais pas si ça se dit comme ça, au pire tu m'expliqueras) et on est totalement largués entre les deux qui ne cessent de se joindre et de s'éloigner, de se taper dessus et de se câliner ! On ne sait plus où donner de la tête ! Pour être littéraire, faut-il avoir lu beaucoup de classiques ? Pourquoi un spécialiste d'Anne Rice serait moins recommandable qu'un spécialiste de Musset ? Pourquoi Sartre plutôt que J.K Rowling (grince des dents, again *w* et oui, je sais qu'ils ne sont pas comparables, mais.. pourquoi pas?) ? Pourquoi Musset plutôt que le roman que j'ai lu récemment, Le Prince d'Eté, qui a des points communs avec Lorenzaccio ? Après tout, qu'est-ce qui montre que l'un à plus de valeur que l'autre ? POURQUOI POURQUOI ? L'ancienneté ? La finesse linguistique ? La beauté du vocabulaire ? ... Tout ça, c'est arbitraire. Je ne dis pas que la littérature classique est au même niveau que celle d'aujourd'hui, mais celle d'aujourd'hui sera un jour rangée au même niveau. De même qu'un Victor Hugo ne pensait sans doute pas se retrouver sur une étagère classique à côté de Rabelais ou Chrétien de Troyes... Les temps changeront pour nous aussi. Je ne pense pas qu'on puisse laisser des marques sur notre époque, mais plutôt sur le futur. Un roman de Maxime Chattam aura peut-être énormément de valeur plus tard ? Ce sont les gens qui choisissent aujourd'hui, et non plus une élite bien pensante... Le littéraire de maintenant n'est plus le même. Quand on repense à l'Antiquité, on a perdu combien de pièces et d'auteurs parce que des gens en ont seulement sélectionné quelques uns pour être les meilleurs ? Si les choix avaient été différents, peut-être que Sophocle ne serait pas parvenu jusqu'à nous et que ça serait quelqu'un d'autre !

    Bref, c'est un long pavé que j'ai écrit. Je pense que tu vois ce que je veux dire dans tout ça. Je comprends tout à fait ton article, et je pense même qu'une bonne partie de ce que je dis, tu l'as exprimé aussi, mais d'une manière différente.

    Pour résumer, je suis un bisounours qui aime tout et tout le monde, et toi, tu es un chat qui gratte le tronc de la "littérature" pour se faire les griffes et voir ce qu'il y a derrière (métaphore powaa). Les deux places sont bonnes, heureusement qu'elles existent, et rien ne nous empêche d'en occuper d'autres plus tard =)

    Un jour, quelqu'un m'a dit que tout est cyclique, je te laisse deviner qui =)

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    1. Beware, pavé coming !

      I)

      A nous deux, commentaire immense !

      En effet je suis un peu inquiète et je cherche ma place 1) en tant que lectrice car je suis perdue au milieu de ce fourmillement et après avoir baigné pendant des années dans des classiques uniquement, je me rends compte que je ne sais plus comment me rattacher à la littérature contemporaine et où commencer, 2) en tant que future professeur car un prof qui ne se soucie pas de la littérature du présent est pour moi un mauvais prof, un érudit snob déconnecté du présent et enfermé dans le passé, et 3) en tant que (on espère, on espère !) peut-être future auteur, parce que je trouve que c’est une position des plus hypocrites de vouloir publier tout en ne lisant pas ce qui se fait actuellement, ça fait un peu « je ne vous lis pas, mais vous, lisez-moi ! »

      Il y a des lecteurs différents et des livres différents, d’accord. Mais « littérature », c’est un mot très fort tout de même. C’est un beau mot. Comparaison un peu idiote mais parlante (je crois) : entre cuisine et malbouffe. On ne va pas dire qu’un burger de chez Quick, c’est de la cuisine. On va dire que c’est de la bouffe, à la limite de la nourriture. Mais pas de la cuisine. Alors certes, comment appeler la chick-lit, la bit-lit etc. si on ne leur donne pas le nom de littérature, c’est tout un problème… je pense qu’on leur donne le nom de littérature par souci pratique, pour tout mettre dans la même catégorie, mais demande à n’importe quel professeur de lettres ce qu’il en pense : il te dira que c’est de la petite littérature. Sinon on a l’expression « littérature de gare » qui n’est pas trop mal. Disons que ce genre de livres, je n’ai pas de problèmes à ce qu’on les lise. Je peux même accepter d’en lire un si je n’ai rien de plus intéressant à lire et que je m’ennuie (ce qui n’arrive à peu près jamais, mais enfin ça pourrait, donc soit). Ce qui me désespère, c’est qu’on ne lise que ça, et qu’ensuite on s’autoproclame « grand lecteur ». Les gens qui avalent des bouquins à l’eau de rose un peu nunuches de 600 pages tous les jours, je me demande, s’ils ont tant de facilité à lire, pourquoi ils ne prennent pas, ne serait-ce qu’une fois sur dix, un livre plus intelligent – au lieu de lire sans cesse la même histoire avec les mêmes figures et les mêmes scènes, et seulement les noms des personnages qui changent.

      Je ne juge pas que Fifty Shades soit de la littérature. C’est mal écrit, ce n’est pas du tout inventif, ça n’inspire personne (à part peut-être les réalisateurs de films pornos). D’ailleurs tiens : les réalisateurs de porno ont une caméra, une subjectivité, et ils font du montage : est-ce que pour autant ça mérite le nom de cinéma ? Non. De même, Fifty Shades ne mérite pas le nom de littérature.
      J’ai peut-être été un peu sévère avec Twilight. Il y a un style. Fade, mais il y en a un. Et un monde est inventé à l’intérieur (même si c’est une copie éhontée d’œuvres diverses re-masterisées en une).
      Je n’aime pas les manuels et les définitions figées, mais si je devais dire ce qui détermine ce qui est littéraire et ce qui ne l’est pas, je dirais que dans toute œuvre vraiment littéraire, il y a quelque chose de vraiment créatif, nécessairement un minimum de méta-littérature (même bien cachée), et que chaque œuvre littéraire subvertit ne serait-ce qu’un tout petit peu un code, si bien qu’elle enrichit le genre auquel elle appartient (ou le genre auquel elle refuse d’appartenir, litté un peu transgenre). Il y a un jeu avec les mots, un amour des mots, une recherche, une aspiration, une impossibilité de communiquer quelque chose d’une autre manière qu’avec les mots qui sont là. C’est pourquoi les œuvres qui traitent de quelque chose qui aurait pu tout aussi bien se communiquer d’une autre manière, ça ne m’intéresse pas. Ce qui se donne à frôler à travers le voile de la littérature, c’est quelque chose qui ne pourrait s’apercevoir nulle part ailleurs.

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    2. II)

      J’ai déjà pensé au fait que nous avions déjà notre Café de Flore personnel, nous qui nous sommes rencontrées sur internet grâce à l’écriture et qui sommes restées soudées à partir de ça :) . Les moyens de communication changent avec le temps, si ça se trouve dans 100 ans les étudiants entendront parler de communautés d’auteurs qui se sont rencontrés sur la toile et ils trouveront ça magique. Et je trouve déjà ça magique. Mais j’imagine que d’une certaine manière, j’aimerais bien qu’on ait un QG. Et si ça se trouve si on en avait un, je ne supporterais pas cet esprit communautaire et je m’isolerais, peu désireuse de me voir assimiler à un mouvement dans lequel je ne me reconnaîtrais qu’à moitié. Mais tout de même… tu n’es pas aussi admiratrice de cette époque-là de la littérature que moi, donc je comprends que ça te fascine moins, mais sur moi ça exerce un pouvoir hypnotisant. La vie de bohème est un cliché inventé rétrospectivement, mais quand même, penser à tous ces auteurs et artistes aujourd’hui devenus des légendes qui traînaient dans les mêmes quartiers (à l’époque beaucoup moins fréquentés), et qui se croisaient… et puis le style art nouveau, les bistrots avec des murs en miroir… certes ces images sont devenues poétiques aussi (et peut-être surtout) car ils les ont rendues poétiques, et c’est à nous de rendre notre époque poétique, même si quand on observe le monde autour de nous avec des yeux neutres, rien n’est particulièrement beau. Nous trouvons la Tout Eiffel belle ; à l’époque de sa construction on la trouvait laide. Ce sont, en fin de compte, des écrivains comme Apollinaire et Cendrars qui ont fait qu’aujourd’hui on la trouve belle. Plus le côté vieille modernité qu’elle a, et qui nous charme par son aspect suranné. Evidemment, le vieux paraît toujours plus élégant : la langue de Balzac nous paraît superbe, alors qu’elle reflète (bon, pas seulement bien sûr) le parler de son époque. Mais ce n’est pas tellement une question de ça. Tu sais que j’aime beaucoup Sartre, qui écrit avec la langue de tous les jours, et même la langue des ouvriers, grossière, pleine de tournures très orales. Et je trouve ça formidablement beau. Bref je m’égare >.<

      Lutte entre conservateurs et progressistes… je ne sais pas. Disons que j’ai l’impression que l’écriture d’aujourd’hui fait la même chose que l’écriture d’il y a 30 ans. D’accord, ça devient fastidieux de sans cesse avoir à récuser l’ordre ancien pour en fonder un nouveau, et c’est ridicule de fonder son originalité en disant « je vais faire le contraire de ce que la génération avant moi a fait ! », mais même, j’ai l’impression que l’écriture d’aujourd’hui s’essouffle un peu… on lit des choses jolies, voire belles, mais pas de choses à couper le souffle qui nous font penser « Je pensais tout savoir de la littérature, ce livre vient de me prouver le contraire ». Alors que dans d’autres pays, si. Finalement, ce que j’entends par littérature, c’est quelque chose qui révolutionne, ne serait-ce qu’en partie (oxymore bonjour), ce que la littérature veut dire. Ce que j’entends par là, c’est qu’on n’a pas besoin d’œuvres qui crient systématiquement « tous ce que les autres ont fait avant moi, c’était nul », sinon on s’en lasserait au bout de trois mouvements, mais d’œuvres qui nous donnent le vertige, qui font s’effondrer la terre sous nos pieds.
      Voilà, c’est ça finalement. Pour moi un livre sympa n’est pas de la littérature. La littérature, c’est ce qui donne le vertige, ce qui te dérange, ce qui te chamboule. Une lecture paisible et confortable, ce n’est pas de la littérature. C’est un canapé XD. Un très bon canapé certes, mais un canapé.

      Je pense avoir répondu à tous tes arguments, bisounours :D

      Signé : l’apprenti chat des monts rocheux.

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  5. Voilà je reviens pour commenter ton article plus avant. Déjà tu abordes plusieurs points, alors je vais les séparer.

    Je comprends ce que tu veux dire, sur la vie littéraire et artistiques et le fait que comparé au siècle précédent, par exemple, elle semble bien pauvre. Pas de Théophile Gautier, George Sand ou Moreau qui se rencontre autour d'un café et que plus tard un ami mettra par écrit pour nous faire rêver. Mais quand on lit ce genre de mémoires, il faut se rendre compte qu'ils pensaient exactement comme "nous", "toi", que les écrivains du passés n'existaient plus, que ce qu'ils faisaient n'étaient pas exceptionnels (comme tu l'as fait remarqué), et qu'ils ne portaient pas tous leurs contemporains, qu'on encense maintenant, dans leur cœur.
    Comme tu l'as dit aussi, on a une image d'épinal des temps passés ; Hugo devait forcément publier, et Baudelaire aussi, et tous les autres. Mais pour eux qui vivaient cette vie, il n'y avait rien de certain. Peut-être pas pour Hugo ensuite, mais je ne sais pas, prenons Proust (qui pouvait écrire de très gentilles lettres à ses amis littérateurs une fois qu'il avait lu leurs livres, alors que franchement ils ne valaient pas grand chose) qui a dû se faire refuser par tout le monde, pour ensuite payer une fortune pour être publié à compte d'auteur chez Grasset. Pour lui ça ne semblait facile.
    Ce que je veux dire en fait, c'est que c'est le temps et les universitaires, et journalistes qui retiennent ce qui restera dans les mémoires. Les éditeurs aussi avec leur réédition. C'est eux qui construisent une image du passé littéraire en expurgeant ce qui selon eux ne doit pas passer le siècle, et c'est pour ça que j'aime autant la liseuse, on découvre des merveilles oubliées et on se demande pourquoi c'est le cas quand on lit des "classiques" ampoulés, sans intérêt si ce n'est d'être étudiés depuis des décennies.
    On construit une image du passé littéraire a priori, et c'est pour ça que quand on vit sa vie on ne peut pas construire l'image culturelle et livresque dans laquelle on est. Alors certes j'avoue qu'elle me semble bien fade la vie culturelle qu'on a, a encenser Houellbeck, Ruffin (je n'ai rien contre lui, si ce n'est qu'il publie douze livres par an et qu'on en parle tout le temps), Nothomb (bonne lecture d'adolescence mais après on fini par être lassée de ses mascarades et de ses tics), comme des génies. Alors que comparer à la vie littéraire des Etats-Unis où l'on a Toni Morrison, Paul Auster, etc.
    Mais on ne pourra vraiment savoir ce que l'on avait dans ce siècle, que plus tard. Et peut-être découvrir à ce moment-là, les "Proust" auto-édités dont on avait jamais entendu parler.
    Il me semble qu'un "bon" lecteur, pas un "vrai" lecteur (parce que ça veut dire quoi, qu'il y en a qui lise mieux que d'autres ? C'est tout de même très snob et condescendant comme idée), disons un lecteur "éclairé" peut se rendre compte s'il est curieux et fouille, de ce qui se fait et qui restera dans les mémoires (en répondant à ta définition de la littérature que tu mets en commentaire et avec laquelle je suis tout à fait d'accord), et savoir avant le futur la topographie littéraire de son siècle. Mais souvent ces lecteurs ne sont pas écoutés, comme on peut aussi s'en rendre compte quand on lit les mémoires des siècles passés où par exemple on voit les critiques faites à Gauthier, Baudelaire, etc.

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    1. (je viendrais poster la suite de mon commentaire plus tard, histoire d'y réfléchir et de te laisser le temps de tout lire u_u)

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    2. Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit ; disons que ce qui m'embête, c'est que c'est douloureux de se dire qu'on ne découvrira probablement les bons écrivains de notre époque que d'ici 20, 30, 50 ans. J'ai envie de dire : c'est notre époque, donc c'est notre responsabilité à nous qui nous considérons "littéraires" de débusquer les merveilles dans les coins noirs. Or, je me sens toute petite devant cette immense tâche à accomplir. Mais encore une fois, j'ai passé de nombreuses années enfermée dans les classiques en lisant peu d'écrits contemporains, donc finalement c'est un peu comme si je me plaignais de ne pas savoir parler une langue alors que je n'ai lu que trois chapitres de vocabulaire.
      Et un autre petit détail, mais ça j'ai du mal à déterminer si ce sont les biographies qui nous donnent cette impression ou si c'est effectivement comme ça que ça s'est passé : il me semble que beaucoup de mouvements (je n'aime pas ce terme mais il est pratique...) se sont construits en étant tournés vers le futur, en étant pleins d'espoir. La Pléiade qui a rénové la langue française, les romantiques contre le temps jugé trop ancien des rationalistes et des classicistes, les réalistes qui voulaient être plus fidèles à la "réalité" et voulaient en rendre l'image comme une photo, donc la technique de leur temps, les poètes surréalistes contre l'ancien jeu des vers, le Nouveau Roman contre la dictature du personnage... bref, j'ai souvent eu l'impression qu'on écrivait en réaction à quelque chose d'antérieur, pour fonder une esthétique neuve. Ou même qu'on arrivait à faire du neuf sans nécessairement liquider l'ordre ancien. Aujourd'hui, c'est le cas dans d'autres pays : la fiction américaine, latino-américaine, espagnole, connaissent un essor incroyable, et en France j'ai l'impression qu'on est plutôt du côté de la sécurité. Mais bon, ces oeuvres de sécurité ne seront probablement pas celles dont on se souviendra dans 50 ans :) le tout est de trouver les oeuvres vertigineuses !

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  6. J'admire ton travail de réflexion, ton article est riche et très enrichissant. Je ne pense pas avoir de connaissance suffisantes ou le vocabulaire adéquat pour me lancer dans un commentaire de 20 lignes xD Et je pense que beaucoup d'autres blogueuses ont résumé ma pensée finalement. Je suis d'accord avec toi sur le fait que la littérature doit être quelque chose qui nous chamboule et nous donne le vertige. Mais personnellement c'est le genre de sensations que je retrouve aussi bien du côté des classiques que de la littérature contemporaine. Je préfère ne pas trop intellectualiser l'image que j'ai de la littérature en générale mais plutôt la vivre tout simplement ( C'est le genre de chose qui fluctue très souvent avec moi >< Rien ne me dit que demain je n'aurai pas envie de faire partie d'un QG :D). Cela n'empêche pas que j'ai vraiment apprécié ce que tu as écrit ;)

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  7. J'ai lu cet article il y a quelques jours déjà (après un de mes partiels, ton écriture a été une délivrance !) et j'y ai beaucoup pensé depuis. Tout d'abord, je voulais te féliciter pour le style de cet article ; il est à la fois extrêmement bien écrit et clair ce qui permet d'apprécier chaque phrase tout en reconnaissant qu'elle s'adresse à tout le monde. C'est quelque chose dont je n'ai plus l'habitude car quand je dois lire Weber, Simmel ou Elias, leurs concepts alambiqués empêchent à une grande partie des gens de les comprendre. Ce que j'étudie cette année, ça n'est pas de la littérature, et bien que je trouve ça extrêmement intéressant, il m'arrive de regretter cette sphère diversifiée parce qu'au final, la littérature s'adresse à tout le monde, il y a tellement de choix que chacun peut trouver ce qui lui convient en grimpant les échelons "intellectuels". Ça n'est pas le cas de la sociologie ou encore de la science politique, et je trouve ça dommage.
    Bon bref, pour en revenir au sujet de ton article, il est vrai que nous évoluons dans une société quelque peu diluée qui nous empêche de reconnaître et de trouver les véritables talents. Les publicités font l'éloge des livres qui s'adressent à un maximum de personnes mais au final, elles sous-estiment la capacité de progression des individus. Parce qu'au final, ces livres bon public peuvent permettre de progresser. On pourrait, après avoir lu Marc Lévy (ahem...) s'attaquer à du Hugo, du Aragon ou encore du Barjavel. Mais la publicité et le monde dans lequel nous évoluons cantonne les gens à Marc Lévy, Guillaume Musso ou Anna Gavalda. Un livre d'eux est agréable, au bout du 3e on peut déjà tout anticiper et ça devient ennuyant à mourir.
    J'ai eu peu l'occasion de lire cette année mais je pense m'y remettre cet été. Ma prof de culture générale m'a fait découvrir un auteur assez intéressant, Coetzee je ne sais pas si tu connais. Mon auteur contemporain préféré reste sans doute Olivier Adam qui ne s'inscrit sans doute pas dans ce que tu peux qualifier de "littérature" mais qui me touche. Et j'ai récemment découvert Yasmina Khadra que j'ai apprécié.

    En tout cas, je suis ravie de constater encore une fois ton intelligence. Pas parce que tu écris extrêmement bien. Pas parce que ton article est réfléchi. Mais parce que tu te remets en question pour être devenir un bon professeur, parce que malgré le milieu dans lequel tu évolues, tu n'as pas adopté ce snobisme méprisant (et méprisable).

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«Il faut tout dire. La première des libertés est la liberté de tout dire»
Maurice Blanchot

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